Adloun

L'objet qui répond

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 6 — L'homme devient objet de science

Énoncé

Expliquer pourquoi un savoir sur les hommes n'occupe pas la même position qu'un savoir sur les astres, et dire si cela empêche qu'il soit une science.

Corrigé

Le fait, énoncé exactement. Un astre ne lit pas les articles qui le concernent. Un homme, si. Un savoir sur les sociétés fait donc partie du monde qu'il décrit, et il peut modifier ce monde par sa seule publication : une prévision de pénurie provoque des achats de précaution qui produisent la pénurie ; un jugement porté sur les capacités d'un élève modifie l'enseignement qu'on lui donne, donc ses résultats. La sociologie américaine a nommé cela en la prophétie autoréalisatrice.

Ce que ce fait entraîne réellement. Il interdit d'espérer une prédiction stable, puisque l'énoncé entre dans ses propres conditions. Il oblige à traiter la publication d'un résultat comme un acte, et non comme un constat.

Ce qu'il n'entraîne pas. Il n'interdit rien de ce qui fait une science. On peut toujours avoir tort devant un fait : si le taux annoncé ne se produit pas, l'hypothèse tombe. Or c'est cela, la scientificité — non la prédiction. La géologie prévoit mal les séismes ; la météorologie se trompe à dix jours ; on ne leur conteste pas leur statut. Le déplacement à opérer : cesser de demander si ces disciplines ressemblent à la physique, et demander à quoi elles s'exposent. Une pensée qui ne s'expose à rien n'est pas une science ; une pensée qui s'expose autrement en est une autre.

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