Kant contre Rousseau, ou avec lui ?
Exercice · niveau 2 · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 8 — L'idée de progrès, et ce qui la conteste
Énoncé
Kant accorde à Rousseau que les hommes ne sont pas devenus meilleurs, et soutient pourtant qu'il y a progrès. Comment est-ce possible sans contradiction ?
Corrigé
Le déplacement porte sur deux points, et il faut les nommer tous les deux.
Le sujet du progrès. Ce n'est pas l'individu mais l'espèce : dans l'Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique (), Kant soutient que les dispositions naturelles de l'homme ne peuvent se déployer entièrement dans une vie, trop courte, mais seulement dans la suite des générations. Rousseau parle des hommes, Kant de l'humanité : ils ne parlent pas de la même chose.
Le terrain du progrès. Ce n'est pas la moralité mais la légalité. Les hommes ne sont pas devenus vertueux ; ils ont été contraints, par leur antagonisme même — l'insociable sociabilité — de se donner des lois qui rendent la coexistence possible. Un ordre juridique ne demande pas de bonnes intentions, seulement des actes conformes.
Il n'y a donc pas contradiction, mais il reste une dette, et c'est sur elle qu'il faut conclure : rien ne prouve que la légalité prépare la moralité. Kant l'espère et l'argumente (le fait, dans Le Conflit des facultés, , que des spectateurs désintéressés se soient enthousiasmés pour la Révolution serait un signe) ; il ne le démontre pas. C'est la case laissée ouverte dans la figure 5, et c'est le meilleur endroit pour une troisième partie.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.