Adloun

Explication de texte

Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 9 — Le contrat : d'où l'État tire-t-il son droit ?

Énoncé

Expliquer, en trois moments, la clause du Contrat social (I, ) : « L'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. » Montrer que chacun des trois mots soulignés fait un travail.

Corrigé

Premier moment : totale. Rousseau n'atténue pas, il durcit — et c'est un argument, non une brutalité. Si l'aliénation était partielle, chacun se réserverait quelque chose, et il faudrait un juge pour trancher les contestations : on retomberait dans l'état de nature de Locke, avec le problème qu'il voulait résoudre. Donner tout supprime le litige à sa racine.

Deuxième moment : de chaque associé. La totalité est soutenable parce qu'elle est égale. Nul ne cède plus qu'un autre ; la condition est identique pour tous ; personne n'a donc intérêt à la rendre onéreuse aux autres, puisqu'il la subirait pareillement. L'égalité fait ici tout le travail que l'on croit fait par la générosité.

Troisième moment : à toute la communauté. C'est le mot décisif, et celui qu'on lit trop vite. On ne se donne pas à un homme ni à une assemblée : le destinataire est le corps que forment ceux-là mêmes qui se donnent. D'où la formule qui suit : chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et il acquiert sur chacun le droit qu'il lui cède sur soi.

Ce que l'explication prouve. La différence avec Hobbes n'est pas de degré (figure 3) : les deux exigent tout. Elle est de destinataire, et c'est elle qui décide de tout le reste — de la souveraineté, de la loi, et de ce qu'il reste de liberté au citoyen.

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