On le forcera d'être libre
Exercice · niveau 3 (difficile) · lettres et philosophie (ECG/ECT 1re année), chapitre 9 — Le contrat : d'où l'État tire-t-il son droit ?
Énoncé
Cette formule du Contrat social (I, ) passe pour la plus scandaleuse de l'œuvre. L'expliquer, puis formuler l'objection la plus sérieuse qu'on puisse lui opposer.
Corrigé
L'explication. Le citoyen a deux volontés : une volonté particulière, qui vise son intérêt propre, et une volonté générale, qu'il partage en tant que membre du corps politique. En votant la loi, il a voulu la seconde. S'il refuse ensuite d'y obéir, il se contredit lui-même. L'y contraindre n'est donc pas lui imposer la volonté d'autrui, c'est le maintenir dans la sienne propre, et le garantir contre la dépendance personnelle où le mettrait son intérêt immédiat. La liberté dont il s'agit n'est pas l'absence de contrainte, c'est l'obéissance à une loi qu'on s'est prescrite.
L'objection sérieuse, et il faut la formuler soi-même. Tout l'argument repose sur la possibilité de reconnaître la volonté générale. Or Rousseau ne fournit aucune procédure sûre : le vote de la majorité n'y suffit pas — il ne donne que la volonté de tous (II, ) — et rien n'interdit qu'un pouvoir décrète que la volonté générale est ce qu'il dit. Le raisonnement autorise alors à nommer liberté ce que le contraint éprouve comme contrainte.
La conclusion honnête. L'argument est cohérent et il est dangereux, et ces deux propositions ne se contredisent pas. Un devoir qui n'affirme que la première est complaisant ; un devoir qui n'affirme que la seconde n'a pas lu le chapitre 6.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.