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lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 10 · Exercice de TD

Je devrais être ton Adam

L'humain et ses créatures : automates, androïdes, intelligence artificielle · niveau 2

Énoncé

Dans Frankenstein (1818), la créature dit à son créateur : « I ought to be thy Adam; but I am rather the fallen angel, whom thou drivest from joy for no misdeed » (je devrais être ton Adam, mais je suis plutôt l'ange déchu que tu chasses de la joie sans qu'il ait commis de faute) ; et : « I was benevolent and good; misery made me a fiend » (j'étais bienveillant et bon ; le malheur a fait de moi un démon). Analyser ces deux phrases, puis dire quel sens du mot « humanité » le roman met en jeu.

Corrigé

L'image biblique. Adam est la créature aimée de son créateur, placée dans un jardin ; l'ange déchu est chassé pour une faute. La créature se dit traitée comme le second sans avoir commis la faute : elle accuse son créateur d'injustice. Elle a lu le Paradis perdu de Milton, cité en épigraphe du roman, et s'en sert pour comprendre sa propre situation : ce lettré est le « monstre ».

La seconde phrase. Elle énonce une thèse : la méchanceté n'est pas première, elle est produite par le malheur, et ce malheur par le rejet. C'est une thèse proche de Rousseau : l'homme naît bon, la société le déprave.

Le sens en jeu. La créature possède l'humanité-qualité — langage, raison, sensibilité — au plus haut degré. Ce qui manque dans le roman, c'est l'humanité-vertu, et elle manque au créateur, qui fabrique un être et refuse d'en répondre. Ce qu'on en tire : l'humanité d'une créature dépend de celle qu'on lui témoigne, et la vraie question posée par nos créations n'est peut-être pas « sont-elles humaines ? » mais « sommes-nous humains envers elles, et envers ceux qu'elles touchent ? ».

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