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lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 10 · Exercice de TD

La honte prométhéenne

L'humain et ses créatures : automates, androïdes, intelligence artificielle · niveau 2

Énoncé

Günther Anders (L'Obsolescence de l'homme, 1956) décrit une « honte prométhéenne » : l'homme aurait honte, devant les objets parfaits qu'il fabrique, d'être né plutôt que fabriqué. Expliquer ce concept en vos propres mots, puis l'illustrer par un exemple contemporain précis et le discuter.

Corrigé

Le concept. Prométhée, dans le mythe, est le héros de la fabrication : il façonne les hommes et leur donne le feu, c'est-à-dire la technique. Anders retourne le mythe : l'homme moderne n'est plus fier de ses produits, il se sent inférieur à eux. Les appareils sont précis, fiables, remplaçables, reproductibles ; l'homme est lent, fragile, unique et mortel. Il a honte de ce qui ne vient pas de lui — son corps, sa naissance — et cherche à se rendre semblable à ses machines.

Un exemple. On peut penser à celui qui confie sa mémoire, son orientation ou ses choix à des applications parce qu'il ne se fait plus confiance, ou au travailleur évalué selon des indicateurs conçus pour des machines. Dans les deux cas, l'humain se mesure à l'aune de l'appareil.

La discussion. Anders a raison de voir que le danger n'est pas seulement que les machines nous imitent, mais que nous nous mettions à les imiter. On peut lui objecter que ce qu'il appelle imperfection (l'unicité, la fragilité, la mortalité) est précisément ce qui fait la valeur d'une vie humaine, et qu'en prendre conscience est le remède à la honte qu'il décrit. La honte suppose qu'on juge l'humain avec les critères de la machine ; le refus de ces critères est une décision humaine.

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