lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 10 · Exercice de TD
Une Ève scientifique
L'humain et ses créatures : automates, androïdes, intelligence artificielle · niveau 2
Énoncé
Dans L'Ève future (1886), l'inventeur Edison, qui fabrique une « Andréide » à l'image d'une femme réelle, lance : « Puisque nos dieux et nos espoirs ne sont plus que scientifiques, pourquoi nos amours ne le deviendraient-ils pas également ? » Analyser l'argument, puis montrer ce que la préférence pour une créature parfaite révèle sur le rapport à autrui.
Corrigé
L'argument. C'est un raisonnement par extension : la science a remplacé la religion (« nos dieux ») et l'espérance (« nos espoirs ») ; pourquoi l'amour, dernier domaine réservé, y échapperait-il ? La forme est logique, le fond est une provocation : Villiers, catholique et symboliste, met dans la bouche d'Edison la conséquence extrême du positivisme de son siècle.
Ce que révèle la préférence. Le lord aime une femme d'une beauté parfaite et d'une âme vulgaire ; l'andréide doit avoir la même beauté et une âme digne d'elle. On ne veut pas un être autre, on veut un être conforme à ce qu'on désire. La créature parfaite est un refus de l'altérité : la personne réelle déçoit parce qu'elle est libre, imprévisible, différente de l'idéal. Ce qu'on en tire : la question « peut-on aimer une machine ? » cache une autre question — veut-on encore aimer quelqu'un qui n'est pas fait pour nous ? Pygmalion, déjà, préférait sa statue aux femmes de son île.