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lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 2 · Exercice de TD

La langue des enfants de Marivaux

Y a-t-il une nature humaine ? · niveau 2

Énoncé

Dans La Dispute de Marivaux (), le Prince présente l'expérience menée par son père : quatre enfants élevés séparément depuis le berceau, qui ne connaissent que leurs deux gardiens ; « on leur a appris la langue que nous parlons ». Le Prince affirme ailleurs : « c'est la nature elle-même que nous allons interroger ». Montrer que ce détail ruine la prétention de l'expérience, puis dire ce qu'on peut tout de même en tirer.

Corrigé

Ce que le détail ruine. L'expérience prétend montrer les cœurs « tout aussi neufs que les premiers », donc la nature humaine avant la société. Mais une langue n'est pas un outil neutre : elle contient des mots pour comparer (« beau », « plus »), pour posséder (« mon »), pour promettre et pour juger. Les enfants qui découvrent la vanité et l'infidélité les découvrent avec une langue qui les nomme déjà. On n'observe donc pas la nature, mais la nature plus une culture minimale — et l'on ne peut pas savoir ce qui vient de l'une ou de l'autre.

Ce qu'on peut tout de même en tirer. D'abord une leçon de méthode : toute expérience sur la nature humaine garde quelque chose de ce qu'elle veut retirer. Ensuite une hypothèse plus fine : peut-être est-il impossible d'isoler l'homme de la parole, parce que l'homme sans parole ne serait plus l'homme qu'on cherche (le cas de Victor le confirmera). Enfin, la comédie dit autre chose que son Prince : le premier sentiment d'Églé est l'amour de sa propre image. Si nature il y a, elle n'est pas innocente.

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