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lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 9 · Application directe du cours

Nous autres, civilisations

L'humanité a-t-elle une histoire ? Progrès, perfectibilité, fin de l'histoire · niveau 1 (application)

Énoncé

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » (Valéry, La Crise de l'esprit, 1919). Situer la phrase, puis montrer qu'elle contient une objection à l'idée d'une histoire unique de l'humanité.

Corrigé

Situation. Valéry écrit au printemps de 1919, pour une revue londonienne, au lendemain d'une guerre où les nations les plus savantes d'Europe se sont détruites avec les moyens de leur science. La phrase ouvre la première lettre ; elle exprime le choc d'une civilisation qui découvre pour elle-même ce qu'elle savait des autres : Élam, Ninive, Babylone n'étaient que « de beaux noms vagues ».

L'objection. Le sujet de la phrase est au pluriel : « nous autres, civilisations ». L'histoire humaine n'y apparaît pas comme la marche d'un sujet unique et immortel (l'humanité, l'esprit humain), mais comme une suite de civilisations qui naissent et meurent, et dont aucune n'est assurée de transmettre son héritage. Les philosophies de l'histoire supposaient que rien d'essentiel ne se perdait ; Valéry rappelle que presque toute l'œuvre de Ménandre est perdue, et que Keats et Baudelaire pourraient la rejoindre. Ce qu'il faut en tirer : avant de demander si l'humanité progresse, il faut demander si elle forme un seul sujet, et la phrase répond : pas nécessairement.

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