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lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 9 · Exercice de TD

Toutes les nations

L'humanité a-t-elle une histoire ? Progrès, perfectibilité, fin de l'histoire · niveau 2

Énoncé

Condorcet demande, dans la dixième époque de l'Esquisse (1795) : « Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un jour de l'état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les François et les Anglo-Américains ? » Analyser ce que la forme de la question suppose sur l'histoire de l'humanité, puis discuter cette supposition.

Corrigé

Ce que la question suppose. Trois choses. (1) Il y a une échelle de la civilisation, et une seule ; (2) cette échelle a un sommet occupé, à la date où Condorcet écrit, par deux peuples nommés ; (3) les autres nations sont définies par leur distance à ce sommet. L'histoire de l'humanité est donc une course dont on connaît la tête.

Ce qu'il faut accorder à Condorcet. Sa réponse est généreuse : il espère « la destruction de l'inégalité entre les nations », condamne la conquête et l'esclavage, et ne croit pas qu'aucune contrée soit condamnée par nature à l'ignorance. Son universalisme est égalitaire dans son intention.

La discussion. Mais l'égalité qu'il espère est un alignement : les autres deviendront comme nous. La diversité des cultures n'apparaît que comme retard (chapitre 6). On peut répondre, avec Valéry, que les civilisations ne se rangent pas sur une seule ligne et qu'elles sont mortelles ; avec Benjamin, que le récit de la marche en avant est écrit du point de vue de ceux qui sont devant. Conclusion : l'unité de l'histoire humaine, chez Condorcet, est réelle comme espérance, contestable comme mesure.

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