lettres et philosophie : l'humanité (ECG/ECT 2e année, 2026-2027) · Chapitre 9 · Application directe du cours
Voltaire contre Bossuet
L'humanité a-t-elle une histoire ? Progrès, perfectibilité, fin de l'histoire · niveau 1 (application)
Énoncé
Dans l'avant-propos de l'Essai sur les mœurs (1756), Voltaire reproche à Bossuet, auteur du Discours sur l'histoire universelle (1681), d'avoir « oublié entièrement les anciens peuples de l'Orient, comme les Indiens et les Chinois », et de paraître avoir écrit « uniquement pour insinuer que tout a été fait dans le monde pour la nation juive ». Expliquer la critique, puis dire en quoi elle concerne la question « l'humanité a-t-elle une histoire ? ».
Corrigé
La critique. Bossuet écrit une histoire « universelle » centrée sur l'histoire sainte : les empires se succèdent selon les desseins de la Providence, et leur sens tient à leur rapport au peuple élu puis à l'Église. Les peuples qui n'ont pas de place dans ce récit — l'Inde, la Chine — n'y figurent pas, alors qu'ils sont plus anciens. Voltaire commence au contraire son Essai par la Chine : l'universalité doit être réelle et non seulement proclamée.
Le rapport à la question. Pour que l'humanité ait une histoire, il faut que tous les peuples entrent dans un même récit. Voltaire montre que les premières histoires universelles étaient universelles par l'ambition, non par le contenu : leur sujet était un peuple, non l'humanité. La limite : Voltaire remplace la Providence par un autre critère, les lumières, qui permettra de classer les peuples en avancés et en retardataires. L'élargissement du récit ne garantit pas l'égalité des peuples dans le récit.