Le paradoxe des crayons
Application directe du cours · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 1 — Raisonnement et vocabulaire ensembliste · D. Raisonnement par récurrence
Énoncé
Où est la faute ? On « démontre » que dans tout ensemble de crayons, tous les crayons ont la même couleur : c'est clair pour ; si c'est vrai au rang , dans un ensemble de crayons les premiers ont la même couleur et les derniers aussi, donc tous. Localiser précisément l'étape fautive.
Corrigé
Stratégie : on ne cherche pas où la conclusion est fausse, on cherche où l'argument est invalide. Une récurrence a exactement deux points d'appui, l'initialisation et l'hérédité. On les examine l'un après l'autre, et l'on n'accepte l'hérédité qu'au rang précis où on doit s'en servir.
L'énoncé prétendu. Pour , notons
L'initialisation est correcte. est vraie : dans un ensemble réduit à un crayon, il n'y a aucune paire de crayons à comparer, l'assertion est vraie faute de contre-exemple possible.
L'hérédité, telle qu'elle est rédigée. Soit tel que soit vraie, et soit un ensemble de crayons. On pose
Chacun a exactement éléments, donc s'y applique : tous les crayons de ont une même couleur, disons , et tous ceux de une même couleur, disons . L'argument conclut alors : « et ont un crayon commun, ce crayon porte à la fois la couleur et la couleur , donc , donc les crayons ont tous la même couleur ».
⚠️ La faute est dans les mots « ont un crayon commun ». Calculons cette intersection :
qui est vide lorsque . Le raisonnement suppose donc, sans jamais le dire, que .
Pourquoi tout s'effondre. L'implication est parfaitement valide pour tout — et fausse pour . Or c'est précisément celle-là dont on a besoin : le seul rang acquis par l'initialisation est , et il ne permet pas d'atteindre , puisque et sont disjoints. Une récurrence est une chaîne d'anneaux : le premier anneau est rompu, donc n'est jamais établi, et tous les rangs suivants, dont l'hérédité est pourtant impeccable, reposent sur du vide.
Contrôle sur le plus petit cas. Vérifions à la main : prenons deux crayons, l'un rouge et l'autre bleu. Ils forment un ensemble à deux éléments dont les crayons n'ont pas la même couleur. est donc fausse — ce qui confirme qu'aucune démonstration correcte ne pouvait l'établir, et localise la rupture exactement entre le rang et le rang .
La leçon de rédaction. Il ne suffit pas qu'une hérédité soit correcte « en général » : elle doit être correcte au plus petit rang où on l'utilise. Chaque fois qu'une démonstration d'hérédité découpe l'ensemble, prend un élément « du milieu », ou parle d'un indice , il faut se demander à voix haute si l'objet invoqué existe encore au premier rang.
C'est le paradoxe des crayons, souvent énoncé avec des chevaux, et attribué à George Pólya.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.