Problème — L'incertitude-type de type A et la correction de Bessel
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 15 — Probabilités sur un univers fini · E. Inégalités et concentration
Énoncé
On modélise mesures indépendantes d'une même grandeur, de valeur « vraie » , par des variables aléatoires réelles indépendantes, de même loi, d'espérance et de variance . On note leur moyenne et En physique, l'écart type de la moyenne s'appelle l'incertitude-type (évaluation de type A) ; on dit qu'une variable aléatoire est un estimateur sans biais d'un réel si .
1) Calculer et ; en déduire l'incertitude-type . Combien de mesures faut-il pour la diviser par ?
2) Montrer que pour tout . Que garantit-on pour ? (Les physiciens annoncent en supposant une loi normale, qui n'est pas au programme : Tchebychev ne promet que , mais sans aucune hypothèse sur la loi.)
3) Pour fixé, calculer , puis et . Pourquoi l'écart d'une mesure à la moyenne des mesures est-il en moyenne plus petit que son écart à la valeur vraie ?
4) En déduire , puis : est un estimateur sans biais de . Montrer que la moyenne des carrés des écarts, , sous-estime en moyenne, d'un facteur .
5) Retrouver ce résultat par l'identité , que l'on démontrera : c'est la formule de Koenig-Huygens appliquée aux mesures.
6) Application. Dix mesures d'une période d'oscillation donnent, en secondes : ; ; ; ; ; ; ; ; ; . Calculer la moyenne , l'écart-type expérimental (avec ) et l'incertitude-type estimée ; écrire le résultat de la mesure.
Corrigé
1) La moyenne et son écart type. Par linéarité de l'espérance, : la moyenne est un estimateur sans biais de la valeur vraie. Pour la variance, donne ; les étant indépendantes, donc décorrélées, la variance de leur somme est la somme de leurs variances : d'où l'incertitude-type . Pour la diviser par , il faut multiplier par , donc par . Gagner un chiffre significatif coûte cent fois plus de mesures.
2) La garantie de Tchebychev. L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, appliquée à avec , donne Pour , cette probabilité est au plus ; par passage au contraire, la valeur vraie est à moins de deux incertitudes-types de la moyenne avec une probabilité d'au moins , quelle que soit la loi des mesures. Les des physiciens supposent davantage — une loi normale ; Tchebychev est plus prudent, et vrai sans hypothèse. C'est la loi faible des grands nombres du cours, écrite à l'échelle de l'incertitude-type.
3) Une mesure et la moyenne sont corrélées. Par définition, , avec . Par linéarité de l'espérance, Pour , et sont indépendantes, donc décorrélées ; pour , . Il reste . La variance d'une somme, appliquée à et à , avec et , donne Enfin , donc, par Koenig-Huygens, .
Pourquoi c'est plus petit que l'écart à la valeur vraie, qui vaut . La raison est dans la covariance positive : la moyenne est calculée à partir de lui-même et le « suit » — si est grand, l'est un peu aussi —, si bien que l'écart est systématiquement rogné. On mesure l'écart à un centre qui s'est rapproché de la mesure.
4) La correction de Bessel. Par linéarité, en sommant le 3) sur les indices : En divisant par , non nul puisque : . est un estimateur sans biais de la variance. En divisant par , on obtiendrait une espérance égale à : la moyenne des carrés des écarts sous-estime systématiquement — de moitié pour , de pour .
5) La même chose par Koenig-Huygens. Écrivons , élevons au carré et sommons : Le terme du milieu est nul, car : c'est la définition même de la moyenne. D'où l'identité annoncée. En prenant l'espérance, avec et : On retrouve le 4) : la somme des carrés des écarts perd exactement une variance , parce qu'on a remplacé la valeur vraie par son estimation.
6) Les dix mesures. La somme des dix valeurs vaut s, donc s. Les écarts à la moyenne, en centièmes de seconde, sont , , , , , , , , , — de somme nulle, comme il se doit —, et leurs carrés , , , , , , , , , , de somme . Donc exactement, et contre s si l'on divisait par . L'incertitude-type estimée vaut s. Le résultat s'écrit : s, avec une incertitude-type de s. Au sens du 2), l'intervalle s contient la valeur vraie avec une probabilité d'au moins — à ceci près qu'on y a remplacé , inconnu, par son estimation .
Le théorème obtenu — la correction de Bessel. Si () sont des variables aléatoires réelles indépendantes, de même loi, d'espérance et de variance , alors la moyenne a pour espérance et pour écart type , et est un estimateur sans biais de : .
Ce que le problème installe. Trois choses qu'on utilise à chaque séance de travaux pratiques, désormais démontrées. La loi de la racine : l'incertitude-type d'une moyenne décroît comme , parce que les variances de mesures indépendantes s'ajoutent. La garantie sans hypothèse : la loi faible des grands nombres, sous sa forme non asymptotique, promet au moins à deux incertitudes-types, quelle que soit la loi. Et le : les écarts , liés par , n'ont que degrés de liberté. Au chapitre suivant, l'identité du 5) se relira comme le théorème de Pythagore dans : le vecteur des écarts à la valeur vraie est la somme de sa projection sur la droite des vecteurs constants et d'un vecteur orthogonal, celui des écarts à la moyenne.
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