Adloun

Le théorème de Napoléon

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PCSI), chapitre 3 — Nombres complexes · H. Nombres complexes et géométrie

Énoncé

Soient , , trois points deux à deux distincts d'affixes , , , et . On dit que le triangle est direct lorsque ses sommets se succèdent dans le sens trigonométrique, c'est-à-dire lorsque le nombre a une partie imaginaire strictement positive.

a) Montrer que le triangle est équilatéral direct si et seulement si .

b) On suppose direct, et l'on construit extérieurement à les triangles équilatéraux , et , tous trois directs. Exprimer , , en fonction de , , et .

c) Soient , , les centres de gravité de ces trois triangles. Montrer que est équilatéral direct (théorème de Napoléon).

d) Montrer que et ont le même centre de gravité.

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le module de est , son argument l'angle orienté de vers ; et ; l'angle moitié ; le centre de gravité a pour affixe .

a) La caractérisation. Posons et montrons d'abord que est équilatéral direct si et seulement si .

Si : ; et , avec , de module : donc . Le triangle est équilatéral, et direct puisque .

Réciproquement, si est équilatéral direct : , donc avec ; et donne . L'angle moitié donne , donc avec , soit ; le triangle étant direct, , et .

La traduction algébrique. Comme , on a . Donc, par équivalences successives, puisque . En multipliant par , qui est non nul, avec et : . D'où la caractérisation.

b) Les sommets extérieurs. Le a), appliqué au triangle pris dans cet ordre, donne ; de même pour les deux autres : Pourquoi « extérieurement ». étant direct, son intérieur est à gauche quand on va de vers ; le triangle , direct, parcourt ce côté de vers , et son intérieur est à droite quand on va de vers : est de l'autre côté de que .

c) Le théorème de Napoléon. Les centres de gravité ont pour affixes L'identité. Calculons , en remplaçant , , par leurs expressions et en réduisant , . Regroupons selon , et : le coefficient de vaut ; celui de vaut ; celui de vaut . Donc .

Les trois points sont distincts. Pour appliquer le a), il faut que , , soient deux à deux distincts. Posons et ; un calcul direct donne , et comme et : Si l'on avait , on aurait , c'est-à-dire , de partie imaginaire : c'est impossible, étant direct. Donc . Et si deux des trois points coïncidaient, l'identité forcerait le troisième à coïncider aussi — par exemple donne —, ce qu'on vient d'exclure.

Conclusion. , , sont deux à deux distincts et : par le a), le triangle est équilatéral direct.

Le point délicat. L'identité ne suffit pas seule : le a) suppose les trois points distincts, et une identité algébrique ne dit rien d'un triangle aplati en un point. Il faut donc vérifier la non-dégénérescence, et c'est là que l'hypothèse « direct » sert : sans elle — si est équilatéral indirect —, les trois points , , donnés par les mêmes formules sont confondus, au centre de gravité de .

d) Le centre de gravité. On a , et puisque . Donc , et : les deux triangles ont le même centre de gravité.

Contrôle numérique. Pour , , , on trouve , de l'autre côté de la droite que l'origine. Sur vingt mille triangles directs tirés au hasard : extérieur, , direct, .

Ce que l'exercice installe. Une figure définie par des rotations se traduit par des multiplications : la rotation d'angle est la multiplication par , et la relation fait tout le calcul. On ne « voit » pas le théorème de Napoléon ; on le calcule — sans oublier les hypothèses de non-dégénérescence de la caractérisation qu'on applique. Cette correspondance entre rotations et multiplications, les matrices de rotation la rediront.

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