e^-1/x^2 : C^∞ mais non développable
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PSI), chapitre 8 — Séries Entières
Énoncé
Montrer que (prolongée par ) est sur avec pour tout , et en déduire que n'est pas développable en série entière en (sa série de Taylor est nulle, mais ne l'est pas : être ne suffit pas — le contre-exemple à connaître).
Corrigé
Stratégie : trois temps nettement séparés. (1) La forme des dérivées sur , par récurrence. (2) L'existence et la nullité de , en revenant au taux d'accroissement — c'est là qu'est tout le travail. (3) La conclusion par l'unicité du développement en série entière. Le fil conducteur est un unique lemme de croissances comparées.
On pose pour et .
0. Le lemme. Pour tout polynôme ,
Il suffit de le voir pour , par linéarité. Posons , puis : par croissances comparées (l'exponentielle écrase toute puissance). C'est ce lemme, et lui seul, qui fait fonctionner tout l'exercice.
1. La forme des dérivées sur . Montrons par récurrence : pour tout , il existe un polynôme tel que pour tout .
- : .
- Hérédité : sur , est dérivable de dérivée , et est dérivable de dérivée . La règle du produit donne avec , qui est bien un polynôme.
Les premiers valent , , , : le degré est , et il croît — c'est précisément pour cela qu'aucune majoration grossière ne suffirait et qu'il faut le lemme.
2. En : existence des dérivées et nullité. Montrons par récurrence : est fois dérivable sur et .
- : par définition du prolongement.
- Hérédité : supposons définie sur , égale à sur et nulle en . Le taux d'accroissement de en vaut, pour , polynôme en multiplié par : il tend vers par le lemme. Donc est dérivable en et .
Et la continuité de , pour parler de classe et non de simple dérivabilité : sur , est continue (produit et composée de fonctions continues) ; en , , encore par le lemme.
Conclusion de cette partie : est de classe sur , et pour tout .
3. n'est pas développable en série entière en . Supposons qu'il existe et une suite tels que Le cours affirme que les coefficients d'une série entière de rayon strictement positif sont nécessairement ceux de Taylor de sa somme : . Ici tous les sont nuls, donc pour tout , donc serait identiquement nulle sur . Or Contradiction. n'est développable en série entière sur aucun intervalle .
4. Le point délicat, et ce qu'il enseigne. La série de Taylor de en existe (tous les coefficients sont définis, ils valent ) et elle converge partout (c'est la série nulle, de rayon ). Simplement, elle ne converge pas vers . On tient donc trois énoncés à ne jamais confondre :
| énoncé | statut pour |
|---|---|
| est | vrai |
| la série de Taylor de converge sur un voisinage de | vrai (c'est la série nulle) |
| la série de Taylor de a pour somme | faux |
Être est nécessaire mais pas suffisant pour être développable. Pour prouver qu'une fonction l'est, il faut une information de plus : contrôler le reste de la formule de Taylor avec reste intégral et montrer qu'il tend vers (c'est la voie du cours pour , , ), ou passer par une équation différentielle avec unicité de Cauchy, ou composer et combiner des développements déjà connus.
Contrôle chiffré. L'écrasement annoncé par le lemme, mesuré :
La colonne de droite n'est pas monotone au départ ( en ), mais elle plonge ensuite : le lemme n'affirme rien d'autre qu'une limite. Et le quotient par tend lui aussi vers — traduction numérique de : est nulle en à un ordre plus grand que tout entier, ce qu'aucune série entière non nulle ne peut faire.
Acquis. Le contre-exemple à connaître, et sa morale : la classe ne se transmet pas en analyticité. Le mécanisme — récurrence sur , taux d'accroissement en , croissances comparées, unicité des coefficients — est à savoir dérouler entièrement.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.