Deux équations fonctionnelles, par analyse-synthèse
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 1 — Raisonnement et vocabulaire ensembliste · C. Modes de raisonnement
Énoncé
a) Déterminer toutes les applications telles que
b) Montrer que toute application s'écrit de manière unique , avec paire et impaire. Expliciter et lorsque .
Corrigé
La stratégie. On ne connaît aucune solution d'avance, et l'on ne « résout » pas une équation dont l'inconnue est une fonction. On raisonne donc par analyse-synthèse : on suppose qu'une solution existe et l'on en déduit sa forme nécessaire (l'analyse, condition nécessaire), puis on vérifie que cette forme convient (la synthèse, condition suffisante). Les deux temps sont indispensables.
a) Analyse. Soit une solution. La relation est vraie pour tout réel, donc aussi en . En remplaçant par , et comme , on obtient une seconde relation :
Le point délicat est cette substitution. Elle est légitime parce que envoie dans , et efficace parce qu'elle est involutive : l'appliquer deux fois ramène au point de départ. Les deux relations se referment donc en un système aux deux « inconnues » et : On élimine : deux fois la seconde moins la première donne puisque . Donc, si est solution, nécessairement
a) Synthèse. Réciproquement, soit définie par cette formule ; l'analyse n'a fourni qu'une condition nécessaire, il faut vérifier. Pour tout réel : d'où La formule convient.
Conclusion du a). L'équation admet une solution et une seule : .
Contrôle numérique. En : et , donc .
Pourquoi la synthèse n'est pas une formalité. L'analyse a tiré de l'équation une conséquence, et une conséquence n'est pas équivalente à l'hypothèse : il existe des équations fonctionnelles dont l'analyse produit un candidat qui, à la synthèse, ne convient pas — l'ensemble des solutions est alors vide. L'analyse dit « pas d'autre solution que celle-ci » ; seule la synthèse dit « celle-ci en est une ».
b) Analyse : l'unicité. Supposons que , avec paire et impaire. Soit . On a ; et, en appliquant la même égalité au réel , puis la parité de et l'imparité de , Voici de nouveau deux équations aux deux « inconnues » et — la substitution est involutive, elle aussi. En les ajoutant, puis en les retranchant : Les fonctions et sont déterminées par : s'il existe une décomposition, il n'y en a qu'une.
b) Synthèse : l'existence. Réciproquement, définissons et par ces deux formules. Pour tout réel : La fonction est paire, est impaire, et : une décomposition existe, ce qui achève la démonstration.
Le cas de l'exponentielle. Avec , la partie paire est et la partie impaire : ce sont le cosinus hyperbolique, noté , et le sinus hyperbolique, noté (on dit « cosinus hyperbolique » et « sinus hyperbolique », jamais comme le début du mot « chic »). Ainsi , avec Contrôle : en , et , de somme .
Le point délicat, commun aux deux questions. L'analyse démontre l'unicité — il y a au plus une solution —, la synthèse l'existence — il y en a au moins une. C'est leur réunion qui donne « une et une seule ».
Ce que l'exercice installe. Le réflexe des équations fonctionnelles — chercher une substitution involutive qui referme le système —, et la discipline de l'analyse-synthèse, celle de toute l'année dès qu'on cherchera un objet « existant et unique ». La décomposition paire plus impaire est le premier exemple de deux sous-espaces supplémentaires, et le même calcul découpera toute matrice carrée en partie symétrique et partie antisymétrique. Et, en physique comme en mathématiques, c'est ce découpage qui simplifie les intégrales sur un intervalle symétrique : la partie impaire y a une intégrale nulle, seule compte la partie paire.
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