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Problème — Le théorème de Lamé

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 1 — Raisonnement et vocabulaire ensembliste · G. Divisibilité, division euclidienne, PGCD et PPCM

Énoncé

On note la suite de Fibonacci : , et pour tout ; on pose .

Pour deux entiers , l'algorithme d'Euclide calcule , puis, tant que , le reste de la division euclidienne de par : avec . On note le nombre de divisions effectuées, c'est-à-dire l'indice tel que et .

1) Vérifier que , puis montrer par récurrence double que pour tout .

2) Soit . Montrer que et que . Vérifier sur le couple .

3) Soient tels que . Montrer, par récurrence sur , que et . (Si , l'algorithme se poursuit sur le couple , avec et ; et .)

4) En déduire que .

5) Écrire sous la forme avec entiers, montrer que , et en déduire le théorème de Lamé : si s'écrit avec chiffres en base , l'algorithme d'Euclide effectue au plus divisions.

6) Montrer que la borne est atteinte pour , et , mais qu'elle ne l'est pas pour .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. La récurrence sous ses trois formes ; la division euclidienne, avec l'unicité du quotient et du reste ; le lemme d'Euclide ; la croissance du logarithme népérien. Les termes à sont . On notera que pour , et que dès que .

1) Le nombre d'or et la minoration de Fibonacci. On calcule , et : .

Notons l'assertion « », et raisonnons par récurrence double.

Initialisation, deux rangs. : est vraie. et puisque : est vraie.

Hérédité. Soit tel que et soient vraies. Alors ce qui est . Par récurrence double, pour tout .

Le point à voir. C'est exactement l'identité qui rend la minoration héréditaire : les puissances de vérifient la même relation que la suite de Fibonacci. Et la récurrence est double parce que s'exprime à l'aide des deux termes précédents.

2) Le pire cas : deux nombres de Fibonacci consécutifs. Montrons par récurrence sur que .

Pour , le couple est : , une seule division, donc .

Soit tel que . La relation de récurrence donne puisque . Par unicité de la division euclidienne, c'est la division de par : le quotient vaut et le reste , non nul. L'algorithme se poursuit donc sur le couple , qui demande divisions par hypothèse ; au total .

Le PGCD. Le lemme d'Euclide conserve le PGCD à chaque étape : . Deux nombres de Fibonacci consécutifs ont pour PGCD , et tous les quotients valent , sauf le dernier, qui vaut .

Vérification sur . La première division est ; les restes suivants sont , tous obtenus avec le quotient , et la dernière division est : quatorze divisions, soit , et le PGCD vaut .

3) Toute exécution longue exige de grands nombres. Notons l'assertion : « pour tous entiers tels que , on a et ». Récurrence sur .

Initialisation. Si : , et donne . Donc est vraie.

Hérédité. Soit tel que soit vraie, et soient tels que . Comme , le reste n'est pas nul — sinon l'algorithme se serait arrêté après une division —, et . L'algorithme appliqué au couple produit les restes de l'algorithme de départ, décalés d'un rang : il effectue une division de moins, . On peut donc appliquer au couple : Enfin la première division s'écrit , avec puisque (si était nul, on aurait ). Donc Ainsi et : est vraie, ce qui achève la récurrence.

Le point délicat : quantifier sur toutes les données. L'hypothèse de récurrence a été appliquée au couple , qui n'est pas le couple de départ : c'est parce que porte sur tous les couples qui demandent divisions qu'on a le droit de l'appliquer au couple suivant de l'algorithme. Et le 2) montre que ces minorations sont atteintes : deux nombres de Fibonacci consécutifs forment le plus petit couple qui demande divisions.

4) Le nombre de divisions est logarithmique. Soient et . Par le 3) puis le 1), appliqué au rang : Le logarithme étant croissant, ; et , puisque . En divisant par : Contrôle : pour , la borne vaut , et le couple demande quatorze divisions : elle est presque atteinte.

5) Le théorème de Lamé. On réduit les puissances de grâce à : (Les coefficients sont des nombres de Fibonacci : .) Donc et équivaut à , c'est-à-dire, les deux membres étant positifs, à : c'est vrai. Numériquement, . En passant au logarithme, .

Soit alors un entier qui s'écrit avec chiffres en base : . Par le 4), Comme est un entier strictement inférieur à l'entier , : c'est le théorème de Lamé. (Plus finement, : le nombre de divisions est au plus d'environ par chiffre, plus une.)

6) La borne est atteinte, puis ne l'est plus. Par le 2), les couples , et demandent respectivement , et divisions, et leur plus petit nombre a un, deux et trois chiffres : la borne est atteinte pour , et .

Pour , par l'absurde : si un couple , avec à quatre chiffres, demandait divisions, le 3) donnerait , qui a cinq chiffres. Donc : la borne n'est pas atteinte pour ; le maximum est atteint par . Contrôle : un calcul exhaustif sur tous les à un, deux et trois chiffres donne pour maximum de exactement , et .

Le théorème obtenu — théorème de Lamé (1844). Pour deux entiers , l'algorithme d'Euclide effectue au plus divisions ; en particulier, si s'écrit avec chiffres en base , il en effectue au plus . Le pire cas est celui de deux nombres de Fibonacci consécutifs, et le nombre de divisions croît comme le logarithme de : l'algorithme d'Euclide est rapide.

Ce que le problème installe. Deux idées qui dépassent ce chapitre. Pour compter les étapes d'un algorithme, on fait une récurrence sur leur nombre, dont l'hypothèse porte sur toutes les données — c'est le raisonnement de l'analyse de complexité, que le cours d'informatique reprendra. Et le pire cas n'est pas un accident mais une structure : tous les quotients valent , l'algorithme « descend le plus lentement possible ». Le nombre d'or n'a servi que par la relation ; au chapitre des suites, les suites récurrentes linéaires d'ordre donneront la formule exacte de et diront pourquoi est le bon nombre. On le retrouvera dès la séance suivante : le cosinus de vaut exactement .

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