Une application linéaire donnée par les images d'une base
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 12 — Matrices · A. Matrices d'applications linéaires
Énoncé
1) Soit l'endomorphisme de tel que et . Justifier que existe et est unique, puis écrire sa matrice dans la base canonique.
2) Le cas général. Soient une base de et une famille quelconque de ; on note (resp. ) la matrice de dont les colonnes sont les (resp. les ). Montrer que est inversible, et que l'unique endomorphisme tel que pour tout a pour matrice dans la base canonique . Retrouver le résultat du 1).
3) Montrer que est un automorphisme si et seulement si est une base, et qu'alors la matrice de dans la base canonique est . Vérifier sur l'exemple du 1).
4) Pourquoi une base ? a) Dans , décrire tous les endomorphismes tels que et . b) Dans , soient , , trois vecteurs : à quelle condition existe-t-il un endomorphisme tel que , et ? Est-il alors unique ? c) Soit une famille de . Montrer que le problème « trouver tel que pour tout » a au moins une solution pour tout choix des si et seulement si la famille est libre, et au plus une solution pour tout choix des si et seulement si elle est génératrice.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le théorème du chapitre sur les applications linéaires : si est une base de et une famille quelconque, il existe une unique application linéaire telle que pour tout , et est bijective si et seulement si est une base. Les théorèmes de la base incomplète et de la base extraite.
1) L'exemple. Les vecteurs et sont libres — une relation donne sur la première coordonnée, puis — donc forment une base de ; le théorème s'applique avec des images arbitraires : existe et est unique. Le point délicat : on ne peut pas lire les colonnes sur les données. Les colonnes de sont les images de et , alors que l'énoncé donne celles de et . Il faut d'abord écrire la base canonique dans la base donnée : et . Par linéarité, Contrôle : envoie bien sur et sur .
2) La formule . Les colonnes de forment une base, donc engendrent : une matrice carrée dont les colonnes engendrent est inversible (cours). Notons la matrice de dans la base canonique. La colonne des coordonnées de est , qui est la -ième colonne du produit . Les égalités s'écrivent donc, colonne par colonne, Sur l'exemple, , et : Le calcul à la main du 1) était celui de : ses colonnes sont les coordonnées de et dans , et l'on y lit , .
3) La réciproque. D'après le théorème rappelé, est bijective si et seulement si est une base. Dans ce cas est inversible, et est l'unique endomorphisme qui envoie chaque sur : les rôles des deux familles sont échangés, et la formule du 2) donne qui est bien l'inverse de . Sur l'exemple, et ne sont pas colinéaires ; la formule d'inversion des matrices () donne , puis qui est l'inverse de donné par la même formule ; et cette matrice renvoie bien sur .
4) Pourquoi une base. a) Libre, non génératrice. et sont libres mais n'engendrent pas . Complétons-les par : pour tout vecteur , il existe un unique endomorphisme qui envoie sur , et toute solution est de ce type avec . Les solutions sont les endomorphismes de matrices : il y en a toujours, et une infinité. La liberté a donné l'existence, le défaut de génération a coûté l'unicité. b) Génératrice, liée. , , engendrent mais . Si convient, la linéarité impose . Réciproquement, si , l'endomorphisme défini sur la base canonique par et vérifie . Une solution existe donc si et seulement si , et elle est unique, deux solutions coïncidant sur une base. La génération a donné l'unicité, la dépendance a imposé une condition de compatibilité. c) Le cas général.
- Existence pour tout choix, si et seulement si libre. Si la famille est libre, on la complète en une base et l'on prescrit , : le théorème fournit . Si la famille est liée, il existe une relation avec un ; choisissons et pour . Une solution donnerait : contradiction.
- Au plus une solution pour tout choix, si et seulement si génératrice. Si la famille engendre , tout s'écrit et une solution vérifie nécessairement : elle est unique. Sinon, ; extrayons une base de et complétons-la par au moins un vecteur . L'endomorphisme nul sur la base de et égal à l'identité sur les vecteurs ajoutés est non nul et s'annule sur chaque : pour , l'endomorphisme nul et sont deux solutions distinctes.
Le problème est donc bien posé — exactement une solution pour tout choix des images — si et seulement si est une base.
Ce que l'exercice installe. « Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base » contient deux théorèmes : la liberté de la famille de départ donne l'existence, son caractère générateur l'unicité. La formule , où est la matrice de passage de la base canonique à la base , annonce les changements de bases. C'est aussi la règle de l'identification d'un système linéaire en physique : deux expériences à entrées indépendantes suffisent à connaître un système linéaire à deux entrées et deux sorties.
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