Encadrer une fonction monotone par deux fonctions en escalier
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 14 — Intégration · A. Fonctions en escalier et intégrales complexes
Énoncé
Soit continue et croissante (), et pour . On note (resp. ) la fonction en escalier égale à (resp. ) sur chaque intervalle ouvert , et les aires des rectangles qu'elles délimitent.
a) Justifier que sur chaque , puis, en intégrant la fonction continue sur chaque segment , que . Calculer . En déduire que, pour monotone, la somme de Riemann du cours approche à près.
b) La fonction est-elle de classe sur ? Pourquoi la démonstration du cours (cas , qui majore sur le segment) ne s'applique-t-elle pas, et celle-ci si ? En déduire un équivalent de quand .
c) En encadrant sur chaque segment , montrer que et en déduire un équivalent de cette somme.
Corrigé
La stratégie. Coincer entre deux fonctions en escalier dont on sait calculer l'écart. On n'utilise, pour la fonction continue , que la croissance de l'intégrale et la relation de Chasles ; les fonctions en escalier ne servent qu'à dessiner les rectangles, dont on additionne les aires comme des nombres. Le théorème des sommes de Riemann n'est pas utilisé : on le redémontre, pour les fonctions monotones, avec une vitesse explicite.
a) Les deux sommes. Notons le pas. La somme est la somme de Riemann du cours, celle des rectangles « à gauche », de hauteur sur ; la somme est la somme « à droite », de hauteur .
L'encadrement, segment par segment. Pour , la croissance de donne , c'est-à-dire sur l'intervalle ouvert. Ce sont trois fonctions continues de sur le segment , dont deux constantes, et la croissance de l'intégrale donne En sommant ces encadrements, et en recollant les intégrales par la relation de Chasles : .
Le point délicat. On ne compare jamais une fonction en escalier à la fonction continue en intégrant leur différence : le programme de PTSI définit l'intégrale d'une fonction continue, et c'est la seule qu'on écrit ici. Sur chaque segment, on compare à des constantes, qui sont continues, et l'on ne somme ensuite que des nombres, les aires des rectangles.
L'écart. Par télescopage, puisque et : Sur chaque segment, l'écart est un petit rectangle de largeur et de hauteur ; glissés les uns sous les autres, ces rectangles s'empilent en une seule colonne de largeur et de hauteur .
Conclusion. Le nombre et la somme de Riemann sont tous deux dans le segment , de longueur , donc . Si est décroissante, on applique ce qui précède à , qui est croissante. Pour monotone, : c'est le théorème des sommes de Riemann, avec une erreur en explicite.
b) La racine carrée. Elle n'est pas de classe sur : elle n'est même pas dérivable en , puisque son taux d'accroissement tend vers quand ; et sur , sa dérivée n'est majorée par aucune constante. Or la démonstration du cours prend pour un majorant de sur tout le segment, puis majore l'écart sur chaque morceau par fois une longueur, par l'inégalité des accroissements finis : ce majorant n'existe pas ici, et elle ne s'applique pas. Celle-ci s'applique : la racine carrée est continue et croissante, et c'est tout ce qu'utilise le a). La pente infinie en ne coûte rien, parce que les rectangles d'erreur s'empilent dans une colonne de hauteur , quelle que soit la raideur de la courbe : la monotonie remplace la dérivée bornée.
L'équivalent. Sur , la somme à droite vaut . Le a) la place entre et , avec : Contrôle pour : le quotient vaut , bien dans .
c) L'inverse de la racine. Pour , est continue et décroissante sur , donc, par croissance de l'intégrale sur un segment de longueur : Minoration : on somme l'inégalité de droite pour de à , et Chasles donne . Majoration : on somme l'inégalité de gauche pour de à , ce qui donne , et l'on ajoute le premier terme, qui vaut : .
Le point délicat. Il faut deux découpages différents, et le premier terme mis à part : on ne peut pas majorer d'un coup par une intégrale sur , car n'est pas définie en — ce ne serait plus l'intégrale d'une fonction continue sur un segment, la seule que le chapitre définisse.
L'équivalent. Divisées par , les deux bornes tendent vers : . Contrôle pour : la somme vaut , entre et .
Ce que l'exercice installe. Coincer une fonction monotone entre deux fonctions en escalier, c'est la construction de l'intégrale en miniature — l'idée que le programme demande de connaître sans en exiger la construction. L'encadrement du c) est déjà la comparaison série-intégrale du chapitre 17, qui y donnera la nature des séries de Riemann. En physique comme en sciences industrielles, c'est l'intégrale lue comme une somme de contributions : découper, sommer des rectangles, contrôler l'erreur — la méthode des rectangles des capacités numériques.
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