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Autour d'une table ronde : diviser, mais à bon escient

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 15 — Dénombrement · B. Listes, arrangements, permutations

Énoncé

a) De combien de façons convives distincts () peuvent-ils s'asseoir autour d'une table ronde, deux dispositions étant identiques si elles se déduisent l'une de l'autre par une rotation ?

b) Et si perles distinctes sont enfilées sur un collier que l'on peut aussi retourner ?

c) De combien de façons peut-on partager les cartes d'un jeu en quatre paquets de huit cartes, non attribués ? Justifier la division.

d) On forme des colliers de quatre perles, deux noires et deux blanches, identifiés à rotation près. Que donne « la division par » ? Dénombrer directement, et expliquer l'échec.

e) (Géométrie des solides) On inscrit les nombres sur les six faces d'un cube, un nombre par face ; deux dés sont identiques si l'un se déduit de l'autre par une rotation du cube. Montrer qu'il existe exactement rotations du cube qui le laissent globalement invariant (choisir la face amenée en dessous, puis le quart de tour), et qu'une rotation autre que l'identité déplace au moins une face. En déduire le nombre de dés différents. Retrouver ce nombre directement, en posant la face en dessous.

Corrigé

L'outil : le lemme des bergers. Soit une application surjective entre ensembles finis, telle que chaque élément de ait exactement antécédents. Alors . En effet, les ensembles d'antécédents des éléments de sont deux à deux disjoints — un élément de n'a qu'une image — et recouvrent : ils forment une partition de en classes de éléments, et le principe d'addition conclut. Pour compter les moutons, on compte les pattes et l'on divise par quatre — à condition que chaque mouton ait quatre pattes. On ne divise que si chaque objet est compté exactement fois.

a) La table ronde. Numérotons les chaises : il y a placements numérotés. L'application qui oublie la numérotation, et ne garde que la disposition à rotation près, est surjective, et chaque disposition a pour antécédents ses rotations. Ces rotations sont deux à deux distinctes, parce que les convives sont distincts : une rotation non nulle déplace le convive sur une autre chaise. Le lemme donne : il y a dispositions. Seconde voie : on assied sur une chaise fixée — chaque disposition a exactement un représentant ainsi — et les autres se répartissent sur les chaises restantes : . Contrôle pour : dispositions, « , , » et « , , » dans le sens de rotation.

b) Le collier retournable. Chaque collier correspond à exactement deux dispositions à rotation près : une disposition et son image dans un miroir. Elles sont distinctes pour : la perle a deux voisines distinctes, l'une dans le sens des aiguilles d'une montre, l'autre dans le sens contraire ; une rotation conserve laquelle est « dans le sens des aiguilles », le retournement les échange. Le lemme donne colliers. Pour , la division échouerait — elle donnerait — parce que l'unique disposition est sa propre image.

c) Les paquets anonymes. Soit le nombre de donnes à quatre joueurs distincts (exercice 3). L'application qui efface les noms des joueurs envoie chaque donne sur un partage en quatre paquets ; chaque partage a pour antécédents les façons d'attribuer ses quatre paquets aux quatre joueurs, deux à deux distinctes parce que les quatre paquets sont deux à deux distincts — disjoints et non vides. Le lemme donne environ . Contrôle minuscule : cartes en deux mains de deux donnent donnes et partages.

d) L'échec. Avec les positions numérotées de à , un collier est un mot de quatre lettres avec deux et deux : mots. « La division par » donne — absurde. Directement : à rotation près, les deux perles noires sont voisines ou opposées, et il y a colliers. L'explication : la classe du premier contient mots, , , , ; celle du second n'en contient que , et , car la rotation d'un demi-tour laisse inchangé. Les classes n'ont pas toutes le même cardinal : , et le lemme des bergers ne s'applique pas.

e) Les dés. Les rotations du cube. Une rotation qui laisse le cube globalement invariant envoie chaque face sur une face, et deux faces adjacentes sur deux faces adjacentes. Elle est déterminée par l'image de deux faces adjacentes — disons la face du dessous et la face avant : l'image de la face du dessous fixe l'axe vertical du cube tourné, celle de la face avant fixe l'orientation autour de cet axe — un fait de géométrie des solides, que la manipulation d'un dé rend évident et qu'on admet ici. Pour construire une rotation, on choisit la face qui viendra en dessous, choix, puis, cette face étant posée, l'un des quarts de tour autour de l'axe vertical, qui amène en face avant l'une des faces adjacentes à la nouvelle face du dessous : choix, qui donnent rotations deux à deux distinctes, puisqu'elles diffèrent par l'image de la face du dessous ou par celle de la face avant. Il y a exactement rotations, l'identité comprise. Une rotation qui ne déplace aucune face envoie la face du dessous sur elle-même et la face avant sur elle-même : elle a les mêmes images de ces deux faces que l'identité, donc c'est l'identité.

Le lemme des bergers. Numérotons les faces du cube posé devant nous : un étiquetage est une bijection des six faces vers , et il y en a . L'application qui oublie la position du cube, et ne garde que le dé à rotation près, est surjective ; chaque dé a pour antécédents les étiquetages obtenus en faisant tourner le cube par les rotations. Ces étiquetages sont deux à deux distincts : si deux rotations et donnaient le même étiquetage, la rotation « suivie de l'inverse de » laisserait chaque nombre sur sa face ; les six nombres étant distincts, elle ne déplacerait aucune face, et ce serait l'identité, d'où . Le lemme donne : il y a dés différents.

Directement. Tout dé peut être tourné de façon à poser la face en dessous. La face opposée, en dessus, porte l'un des nombres restants, et elle ne change plus par les rotations qui gardent la face en dessous, qui sont les quarts de tour autour de l'axe vertical. Les quatre faces latérales portent les nombres restants, en cercle, identifiés à rotation près autour de cet axe : c'est la table ronde du a) avec convives, dispositions. D'où dés : les deux comptages s'accordent.

Le point délicat, commun à d) et e). Avant de diviser, il faut se demander si une symétrie fixe certains objets. Pour des convives, des cartes, des faces portant six nombres distincts, jamais : aucune rotation autre que l'identité ne fixe un dé, et la division par réussit. Pour des perles de même couleur, oui — la rotation d'un demi-tour fixe — et la division devient fausse. Le dé et le collier bicolore sont les deux faces du même lemme.

Ce que l'exercice installe. Le lemme des bergers : on compte l'objet rigidifié, puis on divise par le nombre de symétries, après avoir vérifié qu'elles agissent sans point fixe. La question à se poser en premier est toujours : les paquets portent-ils un nom ? En géométrie des solides et en sciences industrielles, les rotations du cube sont les orientations possibles d'une pièce cubique qu'on repose dans son logement : décrire une orientation par « quelle face en dessous, puis quel quart de tour », c'est exactement le comptage du e).

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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.