Adloun

Onze entiers parmi vingt : des tiroirs à construire

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 15 — Dénombrement · A. Cardinaux et opérations

Énoncé

Soit . Dans , on choisit entiers — pour , onze entiers entre et .

a) Montrer que deux d'entre eux ont un PGCD égal à .

b) Montrer que l'un d'entre eux divise un autre.

c) Montrer que ces deux résultats sont optimaux : exhiber entiers de deux à deux non premiers entre eux, puis entiers de dont aucun ne divise un autre.

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le principe des tiroirs, forme contraposée du théorème du cours : si , aucune application de dans n'est injective — deux objets tombent dans le même tiroir. En effet, une application injective ferait de une partie de à éléments, alors qu'une partie de a au plus éléments. Et un fait de divisibilité : un diviseur commun à deux entiers divise leur différence. Le théorème ne fait aucun travail ; tout l'exercice est dans la fabrication des tiroirs, et les deux questions en demandent deux systèmes différents.

a) Les tiroirs sont des paires. Découpons en paires d'entiers consécutifs, : c'est une partition, chaque entier est dans une paire et une seule. L'application « entier choisi sa paire » va d'un ensemble à éléments dans un ensemble à éléments : elle n'est pas injective, et deux entiers choisis tombent dans la même paire. Ce sont deux entiers consécutifs, et . Tout diviseur commun de et divise leur différence, qui vaut : . Leur PGCD vaut .

b) Les tiroirs sont des parties impaires. L'écriture. Tout entier s'écrit de façon unique , avec et impair. Existence : on prend pour le plus grand entier tel que divise — il existe, puisque borne — et est impair, sinon diviserait . Unicité : si avec impairs et , alors serait pair ; donc et . On appelle la partie impaire de .

Les tiroirs. Si , sa partie impaire est un entier impair au plus égal à : elle appartient à , qui compte exactement éléments. L'application « entier choisi sa partie impaire » envoie entiers dans tiroirs : deux entiers choisis distincts ont la même partie impaire, et . Comme , ; si , alors , et divise ; sinon divise .

Le point délicat. Les deux questions se règlent par le même théorème, mais les paires consécutives ne disent rien de la divisibilité, et la partie impaire ne dit rien du PGCD. Le principe des tiroirs affirme qu'un couple existe sans dire lequel : le prix à payer est de deviner la partition, adaptée à la propriété visée.

c) L'optimalité. Pour a) : les entiers pairs ont deux à deux le diviseur commun , donc un PGCD au moins égal à . Pour b) : parmi les entiers , aucun n'en divise un autre ; si divisait avec , on aurait . Le « plus un » n'est pas une marge de sécurité : c'est le seuil exact.

Contrôle. Pour allant de à , l'examen de tous les choix possibles — par exemple les façons de choisir entiers parmi — confirme les deux conclusions sans exception ; pour , les ensembles et mettent en défaut, respectivement, a) et b).

Ce que l'exercice installe. Le principe des tiroirs n'est rien, le choix des tiroirs est tout. Devant un énoncé « parmi objets, deux vérifient… », on cherche une partition en classes telle que deux objets d'une même classe vérifient la propriété : chercher les tiroirs, c'est chercher l'invariant que deux objets sont forcés de partager. Et l'optimalité se prouve par un contre-exemple à objets, geste aussi nécessaire que le premier.

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