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Problème — La formule de Stirling

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 17 — Séries numériques · D. Lien suite-série, restes et sommes

Énoncé

Pour , on pose .

1) Montrer que , puis que .

2) En déduire que la suite converge — même geste que pour la constante d'Euler, à l'exercice 2 —, puis qu'il existe un réel tel que .

3) Pour , on pose (intégrales de Wallis). Montrer par intégration par parties que , puis que pour tout , et que pour tout .

4) Montrer que la suite est décroissante et à termes strictement positifs ; en déduire que , puis que .

5) En reportant l'équivalent de la question 2 dans l'expression de , montrer que : c'est la formule de Stirling, . Contrôler numériquement pour , et en déduire que .

6) La marche aléatoire (Pólya). Un point part de et fait, à chaque seconde, un pas ou avec la probabilité , indépendamment des pas précédents. Montrer que la probabilité qu'il soit en à l'instant est , et que . Dans , les coordonnées bougent ainsi, indépendamment les unes des autres : montrer que le nombre moyen de passages en aux instants vaut , et qu'il tend vers quand si , mais reste borné si .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. La formule de Stirling n'est plus nommée par le programme de PCSI, ni par celui de PTSI : on ne peut pas l'invoquer, et tout l'intérêt du problème est de la démontrer avec les seuls outils du programme : lien suite-série, équivalents et séries de Riemann, développement limité de , intégration par parties, positivité et croissance de l'intégrale ; puis loi binomiale, indépendance et linéarité de l'espérance sur un univers fini.

La stratégie. Deux outils pour une constante. Le lien suite-série prouve que a une limite , sans dire laquelle (questions 1 et 2) ; une suite d'intégrales a une formule exacte en factorielles et un équivalent (questions 3 et 4) ; les confronter force (question 5). La question 6 récolte.

1) Le terme de la série télescopique. Comme , et, par différence, . Posons , de sorte que ; avec , Donc .

Pourquoi . Pour un réel , : si , la différence serait équivalente à et la série télescopique divergerait. Le facteur est exactement celui qui tue le terme en .

2) Une limite, et une constante inconnue. Les termes , équivalents à , sont positifs à partir d'un certain rang. La série de Riemann converge ; par le théorème des équivalents, converge, et, par le lien suite-série, converge, vers un réel . Par définition de , donc tend vers , par continuité de l'exponentielle. Avec : .

Le point délicat. Le lien suite-série donne l'existence de , jamais sa valeur : est inconnue à ce stade, comme l'était . Mais ici, un second chemin vers la même quantité va la fixer.

3) Les intégrales de Wallis. La récurrence. On écrit et l'on intègre par parties, avec , de dérivée , et , primitive du sinus — deux fonctions de classe : Le crochet est nul (, ), et donne , soit .

Les indices pairs, par récurrence sur . Pour , , et la formule donne bien . Si elle est vraie au rang , alors, puisque , Le produit. Posons . Alors : la suite est constante, égale à , car .

4) L'équivalent de . Sur , , donc et, par croissance de l'intégrale, . La fonction est continue, positive, et non nulle (elle vaut en ) ; une fonction continue positive d'intégrale nulle étant nulle, . De , en divisant par et par la récurrence du 3), donc par encadrement : . Enfin, de on tire et, tout étant positif, .

Le point délicat. La décroissance seule ne donne pas (une suite décroissante peut être divisée par deux à chaque rang) : c'est la relation exacte du 3) qui contrôle l'écart.

5) La constante. Par la question 2, et . Comme , les puissances se simplifient : donc . Par ailleurs, le 4) avec donne . La suite tend à la fois vers et vers ; par unicité de la limite, . D'où la formule de Stirling : Contrôle numérique. et : le rapport vaut . L'écart relatif, , suggère un terme correctif en , que ce problème ne démontre pas.

Le logarithme. , et , convergente, est bornée : . Pour , le terme négligé, environ , pèse en valeur relative.

6) La marche aléatoire. En dimension 1. Les pas sont indépendants, de loi uniforme sur ; le nombre de pas égaux à est la somme des variables de Bernoulli indépendantes , de paramètre , donc suit la loi binomiale . La position à l'instant vaut , nulle si et seulement si : Et, sans même repasser par Stirling, par le 3), avec par le 4) : . Contrôle : , contre .

En dimension . On observe la marche jusqu'à l'instant : l'univers est l'ensemble fini des suites de pas, muni de la probabilité uniforme, et les pas sont indépendants. L'événement , « le point est en à l'instant », est l'intersection des événements « la -ième coordonnée est nulle à l'instant », chacun de probabilité ; ils portent sur des familles de pas disjointes, donc sont indépendants par le lemme des coalitions : . Le nombre de passages en aux instants est ; par linéarité de l'espérance, La nature de la série. : la série positive a la nature de la série de Riemann d'exposant . Pour (exposant ) et (exposant ), elle diverge : , sa somme partielle, tend vers . Pour (exposant ), elle converge : croît vers une somme finie, elle reste bornée. On ne cherche pas d'équivalent de : seule sa limite compte, et la nature de la série la donne.

En dimension , la croissance est très lente, mais sans borne ; en dimension , le nombre moyen de retours plafonne vers .

Le point délicat. Toutes les probabilités sont calculées sur l'univers fini des premiers pas : « revenir une infinité de fois en moyenne » est une limite d'espérances, jamais la probabilité d'un événement portant sur une suite infinie de pas, que le programme ne définit pas. (Pólya a établi le même contraste pour la marche au plus proche voisin : « un homme ivre retrouve son chemin, un oiseau ivre peut se perdre à jamais », selon le mot de Kakutani.)

Le théorème obtenu — formule de Stirling (de Moivre et Stirling, 1730). Quand tend vers , . Et son corollaire, le théorème de Pólya sous la forme des moyennes (1921) : pour la marche aléatoire à coordonnées indépendantes dans , le nombre moyen de retours à l'origine avant l'instant tend vers si , et reste borné si .

Ce que le problème installe. Deux outils pour une constante : le lien suite-série prouve l'existence d'une limite, une suite d'intégrales à formule exacte en fixe la valeur, et l'unicité de la limite fait le reste. En physique, est l'approximation de la physique statistique, dès qu'on dénombre des configurations pour une entropie de Boltzmann ; et est la décroissance en de la concentration, au point de départ, d'une espèce qui diffuse sur une droite.

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