Problème — La droite des moindres carrés
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 18 — Fonctions de deux variables · D. Extremums
Énoncé
Soient points du plan, dont les abscisses ne sont pas toutes égales. Pour , on pose la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et la droite . On note , , , , , et .
1) Justifier que est de classe sur , calculer , et montrer que équivaut aux équations normales
2) Montrer que et , puis que . Résoudre le système : , . Vérifier que la droite passe par le point moyen .
3) On note les résidus. Montrer que les équations normales s'écrivent exactement et . Pour quelconque, on pose et ; en écrivant , établir l'identité et en déduire que est l'unique minimum global de — sans aucun théorème d'existence.
4) Lecture probabiliste. Sur muni de la probabilité uniforme, on considère les variables aléatoires et . Exprimer à l'aide de et , puis montrer que .
5) On suppose et l'on pose (coefficient de corrélation). Montrer que , en déduire , et montrer que si et seulement si les points sont alignés. Énoncer le théorème obtenu.
6) Application. a) Pour vérifier la loi d'Ohm aux bornes d'un conducteur, on mesure, pour des intensités , , , , mA, les tensions ; ; ; ; V. Calculer , , les résidus et ; en déduire une valeur de la résistance. b) Pour les cinq points , , calculer , , les résidus et . c) Que prouve, et que ne prouve pas, un coefficient de corrélation proche de ? Que regarder d'autre ?
Corrigé
1) Le gradient et les équations normales. est une fonction polynomiale des deux variables — chaque terme l'est —, donc de classe sur . En dérivant terme à terme, étant traité comme une constante, puis : Le gradient est nul si et seulement si les deux sommes le sont : En divisant par : et . Ce sont les équations normales :
2) La résolution. Les deux identités. En développant le carré : et de même . C'est la formule de Koenig-Huygens, version statistique.
Positivité stricte. est une moyenne de carrés, donc positive ; elle est nulle si et seulement si chaque terme est nul, c'est-à-dire si tous les sont égaux à — ce que l'hypothèse exclut. Donc .
Le système. La seconde équation normale donne . En reportant dans la première : , soit , c'est-à-dire . Comme , le système a une solution et une seule : Et : la droite passe par le point moyen — c'est la seconde équation normale elle-même.
3) Les résidus, et l'identité qui prouve le minimum global. Les équations normales, relues. En , le gradient est nul ; ses deux composantes valent et . Les équations normales s'écrivent donc exactement les résidus sont de somme nulle, et « orthogonaux » aux abscisses, au sens où la somme de leurs produits par les est nulle.
L'identité. Pour tout , . En développant le carré et en sommant, Le premier terme est . Le terme croisé vaut , et les deux relations des résidus l'annulent : C'est le geste de la formule de Koenig-Huygens : on développe un carré autour de la valeur optimale, et le terme croisé disparaît parce que les écarts vérifient les relations qui définissent cette valeur.
Conséquence. La somme de carrés est positive ou nulle : pour tout , et est un minimum global. L'égalité a lieu si et seulement si pour tout ; comme les abscisses ne sont pas toutes égales, il existe avec , et la différence des deux équations donne , donc , puis : . Le minimum est unique, et l'on n'a utilisé aucun théorème d'existence — une identité algébrique, comme à l'exercice 7.
4) La lecture probabiliste. Sous la probabilité uniforme sur , chaque issue a la probabilité , et les espérances sont des moyennes : , , , , . Donc Le résidu est lui aussi une variable aléatoire, , d'espérance (seconde équation normale) : est centrée, donc, par Koenig-Huygens, . Et . Calculons cette variance avec les règles du chapitre de probabilités — la constante ne change pas la variance, et : Donc : la pente est une covariance divisée par une variance, et la variance des résidus est ce que la droite n'explique pas de la variance de .
5) Le coefficient de corrélation, et le théorème. Avec , factorisons : Or est une somme de carrés, donc positive ou nulle, et : , c'est-à-dire — autrement dit , obtenu ici par les moindres carrés. Et si et seulement si , si et seulement si tous les résidus sont nuls, si et seulement si pour tout : les points sont alignés — sur la droite des moindres carrés, nécessairement ; réciproquement, si les points sont alignés sur une droite , alors , donc le minimum est nul. Le signe de est celui de , puisque : pour une droite croissante.
6) Application. a) La loi d'Ohm. Avec en mA et en V : mA, V ; les écarts valent , , , , , d'où ; les écarts valent ; ; ; ; , d'où Donc V/mA, soit une résistance , et V, une ordonnée à l'origine de l'ordre de l'incertitude de lecture. Les résidus valent ; ; ; ; V — de somme nulle, sans signe ni tendance organisés —, et . Avec , on trouve , soit .
b) Une parabole. Pour , : , ; les écarts valent et valent , d'où , et . Donc , , et les résidus valent de somme nulle, et : les deux relations du 3). Enfin , soit ; et , conforme au 5).
c) Ce que dit, et ce qu'il ne dit pas. Un proche de dit seulement que la meilleure droite laisse peu de variance inexpliquée, en proportion. Il ne prouve pas que le modèle est linéaire : au b), — une corrélation « excellente » — pour des points exactement sur une parabole, et le modèle linéaire est faux. Ce qui le révèle, ce sont les résidus : en , ils dessinent un « U », une structure que écrase en un seul nombre. Au a), au contraire, les résidus alternent de signe sans motif et restent de l'ordre de l'incertitude de mesure : c'est cela, et non la valeur de , qui valide la loi d'Ohm. Il faut donc toujours tracer les résidus, les comparer aux incertitudes, et se demander si le modèle a une raison physique d'être linéaire — c'est la mise en garde du programme de physique contre « l'exploitation non raisonnée du coefficient de corrélation ».
Le théorème obtenu — la droite des moindres carrés. Pour points dont les abscisses ne sont pas toutes égales, la fonction admet un unique minimum global, atteint pour et ; la droite passe par le point moyen, ses résidus sont de somme nulle et vérifient , et le résidu minimal vaut , où vaut si et seulement si les points sont alignés.
Ce que le problème installe. Un point critique, une identité, et la covariance. L'optimisation à deux variables donne les équations normales ; les deux relations des résidus tuent le terme croisé et donnent le minimum global sans aucun théorème d'existence ; le chapitre de probabilités dit que la pente est une covariance divisée par une variance, et que mesure ce que la droite n'explique pas. Et la leçon de travaux pratiques, en physique comme en sciences industrielles : la régression fournit un paramètre — une résistance, une raideur, une constante de temps —, mais c'est l'examen des résidus, pas la valeur de , qui dit si le modèle est le bon.
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