Les polynômes de Tchebychev
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 3 — Nombres complexes · C. Trigonométrie : Euler, angle moitié, Moivre
Énoncé
a) Par la formule de Moivre et la formule du binôme, montrer que pour tout il existe une fonction polynomiale à coefficients entiers telle que pour tout . Expliciter , , .
b) Établir , et en déduire que les fonctions polynomiales définies par , et vérifient : seconde preuve du a).
c) Montrer de même que, pour , pour une fonction polynomiale , puis que pour tout .
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La formule de Moivre, la formule du binôme — valable dans mot pour mot —, les formules d'addition, et .
a) Par Moivre et le binôme. Développons la puissance par la formule du binôme : Le nombre vaut selon le reste de modulo : il est réel quand est pair, imaginaire pur quand est impair. Les termes d'indice impair ne contribuent donc qu'à la partie imaginaire ; en identifiant les parties réelles, et en écrivant avec : Posons donc C'est une fonction polynomiale ; ses coefficients sont entiers, car les coefficients binomiaux sont des entiers, et le développement de par le binôme, puis les produits et les sommes, n'engendrent que des entiers. Et par construction pour tout réel .
Les premiers. Pour : . Pour : le coefficient binomial « deux parmi trois » vaut , et . Pour : « deux parmi quatre » vaut et « quatre parmi quatre » vaut , d'où
b) Par une récurrence à deux pas. Les formules d'addition donnent et ; en les ajoutant, les termes en sinus s'éliminent : Notons l'assertion « pour tout réel , », où les sont cette fois définies par , et . On raisonne par récurrence double, puisque la relation fait intervenir deux rangs en arrière.
Initialisation. et : et sont vraies.
Hérédité. Soit tel que et soient vraies. Pour tout réel : Donc est vraie, et la propriété l'est pour tout . Une récurrence immédiate montre aussi que est à coefficients entiers, de degré et de coefficient dominant pour ; et l'on retrouve .
Les deux constructions donnent les mêmes fonctions : leur différence s'annule en tout point de , soit une infinité de points, ce qu'une fonction polynomiale non nulle ne peut faire — elle a au plus autant de racines que son degré, conséquence de la factorisation par vue dans ce chapitre, chaque racine faisant baisser le degré d'une unité.
c) Le sinus. Les mêmes formules d'addition, écrites pour le sinus, donnent . Posons , et pour , et montrons par récurrence double que pour tout et tout réel . Pour , c'est ; pour , c'est . Si c'est vrai aux rangs et , alors En décalant l'indice : pour . Par exemple , et .
La majoration. On raisonne par récurrence sur . Pour , les deux membres sont nuls. Si , alors, par la formule d'addition et l'inégalité triangulaire, puisque :
Le point délicat. Tout le a) repose sur un argument de parité : est réel exactement pour pair, donc seules les puissances paires du sinus apparaissent dans — et ce sont les seules qu'on sait réécrire avec le cosinus. Dans survivent au contraire les puissances impaires : on n'en extrait qu'un facteur , d'où la forme du c).
Contrôle numérique. et . Un calcul symbolique confirme l'égalité des deux constructions jusqu'à , et la majoration du c) tient sur vingt mille tirages.
Ce que l'exercice installe. Deux manières de fabriquer : développer (Moivre et binôme, exigibles au programme) ou récurrer (une relation à trois termes lue sur les formules d'addition). La seconde est la plus efficace, et on la retrouvera pour toutes les suites définies par une relation linéaire d'ordre deux. Ces polynômes portent le nom de Tchebychev ; sur , ne dépasse jamais , et leurs oscillations régulières en font les meilleurs polynômes d'approximation.
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