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Problème : les équations fonctionnelles de Cauchy et de d'Alembert

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 4 — Calcul différentiel et intégral · H. Problèmes et applications

Énoncé

1) Soit dérivable, non identiquement nulle, telle que pour tous réels . Montrer que , que ne s'annule pas, puis que (écrire ).

2) En dérivant la relation par rapport à , puis en prenant , montrer que avec . En déduire que pour tout réel (unicité de la solution d'un problème de Cauchy), et vérifier la réciproque.

3) Soit dérivable telle que pour tous . Montrer que et que pour tout . En déduire que , avec .

4) Soit de classe , non identiquement nulle, telle que Montrer que si , alors est impaire (prendre ) et positive (prendre ), donc nulle. En déduire que et que est paire.

5) En dérivant deux fois la relation par rapport à , puis en prenant , montrer que , avec . Résoudre ce problème de Cauchy selon que , ou (avec ).

6) Vérifier que les fonctions obtenues — dont , le cosinus hyperbolique — sont bien solutions. Qu'est-ce qui distingue le comportement des solutions dans le cas et dans le cas ? Rapprocher des équations et , qui décrivent les petits mouvements au voisinage d'une position d'équilibre stable, instable.

Corrigé

1) Valeur en zéro, signe. Avec : , donc ou . Si l'on avait , alors pour tout , : serait identiquement nulle, ce qui est exclu. Donc — c'est le seul emploi de l'hypothèse « non identiquement nulle », et elle est indispensable : la fonction nulle vérifie l'équation.

ne s'annule pas. Pour tout : , donc .

est strictement positive. Pour tout : , et : donc .

2) L'équation différentielle. Fixons et considérons les deux fonctions de la variable : et . Elles sont égales, donc leurs dérivées aussi. La première est la composée de avec , de dérivée : sa dérivée est . La seconde est le produit de la constante par : sa dérivée est . Ainsi, pour tous et : La fonction est donc solution de l'équation différentielle linéaire homogène , à coefficient constant, dont les solutions sur sont les ; la condition impose — c'est l'unicité de la solution du problème de Cauchy , . Donc Réciproquement, est dérivable, non nulle, et : ce sont exactement les solutions.

Le point délicat. L'équation porte sur deux variables ; on en fige une, on dérive par rapport à l'autre, puis on évalue en un point bien choisi, , où tout devient connu. C'est là que la dérivabilité sert, et c'est elle qui fait tout le travail : sans elle, on ne pourrait pas passer de l'équation fonctionnelle à l'équation différentielle.

3) Le logarithme. Avec : , donc . Fixons et dérivons par rapport à : la dérivée de est , celle de est . En : Les fonctions et ont la même dérivée sur l'intervalle : elles diffèrent d'une constante, nulle puisque . Donc . Réciproquement, .

4) L'équation de d'Alembert : valeur en zéro, parité. Supposons . Avec : , donc est impaire. Avec : , soit pour tout ; tout réel s'écrivant , est positive. Alors, pour tout : et , donc : serait nulle, ce qui est exclu.

Donc . Avec : , et comme , . Enfin, avec : , donc : est paire.

5) L'équation différentielle du second ordre. Fixons . Les deux membres sont des fonctions de de classe , égales, donc de mêmes dérivées. La dérivée de est , et sa dérivée seconde : En , la seconde relation donne , soit avec ; la première, en et , donne , donc — ce que la parité annonçait. Ainsi est solution du problème de Cauchy dont la solution est unique (théorème admis, sa démonstration étant hors programme). Il suffit donc d'en trouver une dans chaque cas.

Si : l'équation caractéristique a pour racines ; les solutions réelles sont les , et les conditions donnent , : .

Si : , solutions , et les conditions donnent .

Si : les racines sont , réelles et distinctes ; les solutions sont les , et , donnent : , le cosinus hyperbolique de .

6) La réciproque, et ce qui distingue les deux cas. Le cosinus. La formule , avec et , donne . La constante : . Le cosinus hyperbolique : avec et , Les trois fonctions sont de classe et non nulles : ce sont exactement les solutions.

Ce qui les distingue. Pour , la solution oscille, bornée par et périodique ; pour , croît exponentiellement vers quand ; est la frontière. C'est la même dichotomie qu'en mécanique : au voisinage d'un équilibre stable, les petits mouvements vérifient et oscillent ; au voisinage d'un équilibre instable, ils vérifient , et l'écart grandit exponentiellement.

Le théorème obtenu — équations fonctionnelles de Cauchy et de d'Alembert, cas dérivable. Les fonctions dérivables , non identiquement nulles, telles que , sont les , . Les fonctions dérivables telles que sont les . Les fonctions de classe , non identiquement nulles, telles que , sont les , la constante , et les , .

Contrôle numérique. Un calcul symbolique confirme que vérifie l'équation de Cauchy pour , et , et que , et vérifient l'équation de d'Alembert. Et la fonction nulle, écartée par hypothèse, vérifie bien les deux équations sans être de la forme annoncée : l'hypothèse n'était pas décorative.

Ce que le problème installe. L'exponentielle, le logarithme, le cosinus et le cosinus hyperbolique sont caractérisés par leurs formules d'addition : c'est leur définition profonde. Les trois premières équations n'en font qu'une : si vérifie la première, transforme les sommes en sommes, et aussi. Cette équation additive, — l'équation de Cauchy proprement dite —, se résout aussi sous la seule hypothèse de continuité, par un tout autre chemin, qui passe par les nombres rationnels : c'est un classique que cette séance ne traite pas ; ici, c'est la dérivabilité qui fait tout. Et le geste du problème — dériver une identité par rapport à un paramètre, puis évaluer — reviendra au chapitre des fonctions de deux variables. En physique et en sciences industrielles, le 3) explique les échelles logarithmiques — décibel, pH, diagramme de Bode de l'exercice 8 : une grandeur qui transforme les produits en sommes est un logarithme.

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