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Le théorème de Darboux : une dérivée ne saute jamais

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (PTSI), chapitre 6 — Limites, continuité, dérivabilité · D. Rolle, accroissements finis

Énoncé

Soient un intervalle ouvert de et une fonction dérivable sur . On ne suppose pas continue.

a) Soient deux points de et un réel tel que . On pose pour . Montrer que atteint son minimum sur en un point ; montrer, en revenant au taux d'accroissement de en puis en , que et ; en déduire que . Traiter aussi le cas .

b) En déduire que est un intervalle (théorème de Darboux). La fonction qui vaut sur , en et sur est-elle la dérivée d'une fonction dérivable sur ?

c) Montrer que si ne s'annule en aucun point de , alors est strictement monotone sur . Interpréter pour un mobile dont la vitesse ne s'annule jamais.

d) On suppose de plus monotone sur . À l'aide de l'exercice 1, montrer que est continue sur .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le théorème des bornes atteintes : une fonction continue sur un segment y atteint son minimum et son maximum ; la condition nécessaire d'extremum local : si une fonction dérivable sur un intervalle atteint un extremum local en un point intérieur, sa dérivée s'y annule ; la conservation du signe d'une limite ; la caractérisation des fonctions strictement monotones par le signe de la dérivée.

La stratégie. Transformer « prend la valeur » en « une dérivée s'annule » : c'est le rôle de , dont la dérivée est . Puis trouver un point où s'annule, sans passer par la continuité de : un minimum de atteint en un point intérieur fait l'affaire. Tout le travail consiste à écarter les deux extrémités.

a) La fonction auxiliaire. La fonction est dérivable sur , donc continue, et Chercher tel que revient à chercher un zéro de .

Le minimum existe. est continue sur le segment : par le théorème des bornes atteintes, elle y atteint son minimum en un point .

Le minimum n'est pas en . Le taux d'accroissement tend vers quand tend vers . Par conservation du signe, il existe tel que ce taux soit strictement négatif pour tout vérifiant ; prenons un tel , par exemple le plus petit des deux réels et . Comme , La valeur n'est donc pas la plus petite valeur de sur : .

Le minimum n'est pas en . Symétriquement, : pour assez proche de , avec , ce taux est strictement positif ; comme , cela donne , soit . Donc .

Conclusion. Le point appartient à l'intervalle ouvert : c'est un point intérieur où , dérivable, atteint un minimum — en particulier un minimum local. La condition nécessaire d'extremum local donne , c'est-à-dire Le cas . La fonction est dérivable, et : ce qui précède fournit tel que , soit .

Le point délicat. On n'utilise jamais la continuité de — on ne l'a pas. Ce qui la remplace, c'est la seule valeur de en et en : elle suffit à dire que descend juste après et remonte juste avant . La conservation du signe s'applique au taux d'accroissement de , pas à la dérivée. Appliquer le théorème des valeurs intermédiaires à serait une faute : il exige une continuité dont on ne dispose pas.

b) Le théorème de Darboux. Soient deux éléments de , et , et strictement compris entre eux. Les points et sont distincts, puisque . Si , on applique le a) avec , , dans le cas ; si , avec , , dans le cas . Dans les deux cas, pour un : . Par la caractérisation des intervalles, est un intervalle : une dérivée vérifie la propriété des valeurs intermédiaires, qu'elle soit continue ou non.

La fonction signe n'est pas une dérivée. Son image est , qui n'est pas un intervalle : elle contient et mais pas . Par le théorème de Darboux, elle n'est la dérivée d'aucune fonction dérivable sur . Plus généralement, une fonction qui fait un saut n'est jamais une dérivée.

Un contrôle sur une dérivée vraiment discontinue. La fonction prolongée par , qu'on étudiera à l'exercice 7, est dérivable sur , avec et pour , et n'a pas de limite en . Aux points , et , donc ; aux points , , donc . Entre deux tels points, aussi près de qu'on veut, prend, par Darboux, toutes les valeurs de : elle oscille, elle ne saute pas.

c) Une dérivée qui ne s'annule pas garde un signe. L'intervalle ne contient pas . S'il contenait un réel strictement négatif et un réel strictement positif, il contiendrait , compris entre eux : c'est impossible. Donc sur , ou sur , et par la caractérisation des fonctions strictement monotones, est strictement croissante ou strictement décroissante sur . Un mobile dont la vitesse ne s'annule jamais ne rebrousse jamais chemin — même si cette vitesse varie de façon discontinue.

d) Une dérivée monotone est continue. Supposons monotone sur l'intervalle ouvert ; quitte à remplacer par , on peut la supposer croissante. D'après b), son image est un intervalle. Or l'exercice 1 c) affirme qu'une fonction croissante sur un intervalle ouvert, dont l'image est un intervalle, est continue. Donc est continue sur : une fonction dérivable dont la dérivée est monotone est de classe .

Ce que l'exercice installe. Une dérivée, même discontinue, ne peut pas sauter : la seule façon pour elle d'être discontinue est d'osciller, comme celle de . Deux conséquences maniables : une dérivée qui ne s'annule pas a un signe constant, donc la fonction est strictement monotone ; une dérivée monotone est continue. La preuve installe aussi un geste qui reviendra à l'exercice 3 et dans toute optimisation : écarter les extrémités d'un segment pour obtenir un extremum intérieur, où la dérivée s'annule.

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