Une vitesse limite impose une pente asymptotique
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (PTSI), chapitre 6 — Limites, continuité, dérivabilité · D. Rolle, accroissements finis
Énoncé
Soit une fonction dérivable telle que quand , avec .
a) Soient et tels que pour tout . À l'aide de l'égalité des accroissements finis, montrer que pour tout :
b) En déduire que quand .
c) La réciproque est-elle vraie ? On pourra étudier .
d) Interpréter pour un mobile dont la vitesse tend vers une vitesse limite , comme un corps qui tombe dans l'air en subissant un frottement : que devient sa vitesse moyenne sur quand ? Rapprocher du lemme de l'escalier de la séance sur les suites.
Corrigé
La stratégie. L'égalité des accroissements finis convertit une information sur la dérivée en une information sur la fonction. On l'applique entre un point fixé, au-delà duquel est proche de , et un point qui part à l'infini.
a) La majoration. Soit . La fonction est continue sur et dérivable sur : l'égalité des accroissements finis fournit tel que . Alors et comme , ; d'où, étant positif, la majoration voulue.
b) La pente asymptotique. Soit , et tel que pour tout ; il existe par définition de la limite en . Pour , , écrivons Par le a), le premier terme est en valeur absolue au plus . Le second est une constante — est fixé — divisée par : il existe tel qu'il soit, en valeur absolue, au plus pour . Pour tout , Ceci valant pour tout , .
Le point délicat. Le même que pour le théorème de Cesàro : est choisi avant que ne parte à l'infini, et c'est pour cela que est une constante, écrasée par la division par . Le comportement de sur est quelconque, mais il ne compte pas.
c) La réciproque est fausse. Soit , dérivable. D'une part pour , donc . D'autre part, n'a pas de limite en . En effet, supposons par l'absurde que ait une limite , finie ou infinie, en . Les suites et tendent vers ; par le théorème sur l'image d'une suite par une fonction qui admet une limite, et . Or , tandis que pour tout : on aurait à la fois et , ce qui est absurde. Une pente moyenne peut converger sans que la pente instantanée converge : la fonction oscille de plus en plus vite, avec des pentes énormes, tout en restant bornée.
d) La vitesse moyenne. Soit la position du mobile, de vitesse . Par le b), , et comme , la vitesse moyenne tend vers la vitesse limite, quelle que soit la phase d'accélération initiale. Pour une chute avec un frottement proportionnel à la vitesse, ; la fonction a pour dérivée et s'annule en : deux fonctions de même dérivée sur un intervalle diffèrent d'une constante, et celle-ci est nulle, donc c'est , et son quotient par tend bien vers .
Le rapprochement. C'est la version continue du lemme de l'escalier de la séance sur les suites : là, des accroissements qui tendent vers imposaient , par une somme télescopique et le théorème de Cesàro ; ici, une dérivée qui tend vers impose , et c'est l'égalité des accroissements finis qui remplace le télescopage.
Ce que l'exercice installe. L'égalité des accroissements finis comme pont entre la dérivée et la fonction : une information asymptotique sur devient une information asymptotique sur , par la technique du théorème de Cesàro transposée au continu. L'implication ne se renverse pas : la dérivée porte plus d'information que la fonction. En mécanique, c'est ce qui justifie de lire une vitesse limite sur la pente finale d'un enregistrement de position.
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