Adloun

Le théorème de Cantor

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 1 — Raisonnement et vocabulaire ensembliste · F. Applications, images directes et réciproques

Énoncé

Soit un ensemble.

a) Montrer qu'il existe une injection de dans .

b) Soit une application quelconque. On pose . Montrer que n'a pas d'antécédent par . En déduire qu'il n'existe aucune surjection de sur .

c) Montrer que l'application est une bijection de sur l'ensemble des applications de dans . En déduire qu'il n'existe aucune surjection de sur l'ensemble des suites à valeurs dans .

Corrigé

a) Une injection. L'application convient : si , alors , donc . Ainsi « tient » dans .

b) L'argument diagonal. Notons bien que est une partie de , donc un élément de : la question a un sens. Supposons, par l'absurde, que ait un antécédent , c'est-à-dire . Posons-nous la question : appartient-il à ?

Dans les deux cas on aboutit à une contradiction : n'a pas d'antécédent. Comme était quelconque, aucune application de dans n'est surjective.

Conséquence. Il n'existe donc pas non plus de bijection entre et : un ensemble et l'ensemble de ses parties ne sont jamais « de même taille ». Pour fini à éléments, on le savait : en a . Pour infini, c'est nouveau, et c'est le premier résultat qui distingue des infinis entre eux.

c) Les indicatrices. À toute partie on associe sa fonction indicatrice , qui vaut sur et ailleurs.

Injectivité. Si , alors pour tout , : .

Surjectivité. Soit ; posons . Alors si et seulement si , et comme ne prend que les valeurs et , .

Donc est une bijection de sur .

Application à . Une suite à valeurs dans n'est rien d'autre qu'une application de dans . S'il existait une surjection de sur , alors, en la composant avec la bijection réciproque de , on obtiendrait une surjection de sur — la composée d'une surjection et d'une bijection est surjective — ce que le b) interdit. On ne peut donc pas numéroter les suites de et de : il y en a, en un sens précis, plus que d'entiers.

Ce que l'exercice installe. L'argument diagonal est une idée à part entière : construire un objet qui, en chaque point, contredit ce qu'on lui propose. On le retrouvera tel quel pour montrer que n'est pas dénombrable, et sous d'autres habits en informatique. Et la bijection entre parties et indicatrices, elle, est l'outil qui transforme une question sur les ensembles en une question sur des fonctions à valeurs dans — ce qu'on avait déjà exploité pour la différence symétrique.

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