Problème — Point fixe dans et théorème de Cantor–Bernstein
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 1 — Raisonnement et vocabulaire ensembliste · F. Applications, images directes et réciproques
Énoncé
Soit un ensemble et une application croissante pour l'inclusion : pour toutes parties de , . On note
1) Montrer que n'est pas vide, puis que .
2) En déduire que , puis que : est un point fixe de .
3) Montrer que tout point fixe de vérifie .
Soient maintenant et deux ensembles, et deux applications injectives. Pour , on pose
4) Montrer que est croissante pour l'inclusion.
5) Soit un point fixe de (il en existe d'après 2). Montrer que , puis que induit une bijection de sur .
6) On définit par : si , et est l'unique tel que si . Montrer que est une bijection de sur . Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
1) est non vide, et . La partie vide vérifie , quelle que soit la valeur de : donc , et .
Soit . Comme est l'un des ensembles dont est la réunion, . Par croissance de , . Et comme , . En enchaînant : . Ceci vaut pour tout ; la réunion de tous ces , qui est , est donc incluse dans : .
2) est un point fixe. On vient d'obtenir . Appliquons , qui est croissante : . C'est exactement dire que la partie vérifie la condition d'appartenance à : . Mais tout élément de est inclus dans , par définition de la réunion : . Avec le 1), .
Le point délicat. Le raisonnement tourne deux fois la même manivelle : « » est obtenu en majorant chaque morceau de , puis réinjecté dans pour obtenir l'inclusion inverse. On n'a utilisé de que sa croissance — aucune formule.
3) contient tout point fixe. Si , alors en particulier , donc , donc . Ainsi est le plus grand des points fixes de , au sens de l'inclusion.
4) est croissante. Soient deux parties de . On suit les inclusions étape par étape, en prenant garde que chaque passage au complémentaire les renverse :
- donne (l'image directe est croissante) ;
- donc (renversement) ;
- donc (croissance de l'image directe) ;
- donc (renversement), c'est-à-dire . Deux renversements font une croissance : est croissante. Elle admet donc un point fixe, d'après le 2).
5) Ce que le point fixe découpe. Soit avec , c'est-à-dire . Prendre le complémentaire dans des deux membres donne Ainsi envoie la partie de sur la partie de : l'application induite , , est surjective par l'égalité qu'on vient d'écrire, et injective parce que l'est. C'est une bijection.
Lecture. Le point fixe coupe en deux : sur , on va utiliser ; sur le reste, , chaque élément est l'image par d'un unique élément de , et l'on va utiliser « à l'envers ». Ce découpage est exactement ce qu'il fallait pour que les deux morceaux ne se marchent pas dessus.
6) La bijection . L'application est bien définie : pour , l'existence et l'unicité de tel que sont la bijection du 5).
Images des deux morceaux. , par définition. Et : tout s'écrit avec , et réciproquement pour . Ces deux images, et , sont complémentaires dans .
Surjectivité. .
Injectivité. Soient avec . Si et étaient dans des morceaux différents, leurs images seraient l'une dans , l'autre dans , donc distinctes : impossible. Si : , et est injective, donc . Si : , et . Dans tous les cas .
est une bijection de sur .
Le théorème obtenu — théorème de Cantor–Bernstein. S'il existe une injection de dans et une injection de dans , alors il existe une bijection de sur . Autrement dit, pour comparer deux ensembles infinis, il suffit de savoir plonger chacun dans l'autre : on n'a jamais besoin de construire la bijection à la main, le théorème s'en charge.
Ce que le problème installe. Deux idées, qui dépassent de loin ce chapitre. La première : une application croissante de dans lui-même a toujours un point fixe, et il s'obtient comme réunion de tout ce qui « ne dépasse pas son image » — c'est un argument de borne supérieure déguisé, qu'on retrouvera pour les suites monotones et pour les fonctions croissantes. La seconde : pour construire une bijection à partir de deux injections, on ne recolle pas au hasard, on laisse un point fixe décider de la ligne de partage. Avec l'exercice 7, la séance a donc établi les deux résultats qui fondent la comparaison des infinis : est toujours strictement plus petit que , et deux ensembles qui se plongent l'un dans l'autre sont de même taille.
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