Le théorème de Gauss–Lucas
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 10 — Polynômes et fractions rationnelles · H. Fractions rationnelles et éléments simples
Énoncé
Soit de degré , de racines distinctes , de multiplicités .
1) Rappeler pourquoi .
2) Soit une racine de qui n'est pas racine de . Montrer que , puis, en conjuguant, que .
3) En déduire qu'il existe des réels de somme tels que : toute racine de est un barycentre à coefficients strictement positifs des racines de .
4) Théorème de Gauss–Lucas. Montrer que si toutes les racines de sont dans un disque fermé , il en est de même de toutes les racines de . Même énoncé pour un demi-plan .
5) Application : si est scindé sur , montrer que est scindé sur , à racines dans — sans le théorème de Rolle.
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. La décomposition de (proposition du cours), le théorème de d'Alembert-Gauss, le calcul dans : , la conjugaison compatible avec sommes et produits, l'inégalité triangulaire. La stratégie : la décomposition en éléments simples de devient un outil géométrique dès qu'on l'évalue en une racine de et qu'on conjugue.
1) La décomposition de . Par d'Alembert-Gauss, ; en dérivant ce produit, chaque facteur contribue fois le reste, soit , et en divisant par on obtient la formule du cours : . Tous les pôles sont simples et les coefficients sont les multiplicités.
2) Une équation vectorielle. Comme n'est pas racine de , ce n'est pas un pôle : on peut évaluer l'identité en , et donne . Conjuguons cette égalité ; les sont réels, et . Donc
3) Le barycentre. Posons (les sont des entiers et ). L'égalité du 2) s'écrit , soit , et en divisant par : Toute racine de qui n'est pas racine de est un barycentre à coefficients strictement positifs des racines de . (Une racine de qui est racine de est, trivialement, l'une des .)
4) Le théorème. Soit une racine de . Si est racine de , elle est dans le disque par hypothèse. Sinon, par le 3), et, comme , . Par l'inégalité triangulaire et la positivité des : Les racines de sont dans le disque. Pour le demi-plan : , la partie réelle étant linéaire et les réels positifs. Plus généralement, toute région convexe contenant les racines de contient celles de : c'est le théorème de Gauss–Lucas.
5) Le cas réel, sans Rolle. Soit scindé sur : toutes ses racines sont réelles, comprises entre et . Soit une racine (complexe a priori) de . Si est racine de , alors . Sinon, avec des réels positifs de somme et des réels : est réel, et . Toutes les racines complexes de sont réelles et dans . Comme est scindé sur (d'Alembert-Gauss) avec des racines toutes réelles, sa factorisation est une factorisation dans : est scindé sur . Comparaison avec Rolle. L'exercice résolu 10 du livre obtient, par le théorème de Rolle et pour des racines simples , le résultat plus précis de l'entrelacement : exactement une racine de dans chaque . Gauss–Lucas ne localise pas aussi finement, mais il vaut sur , où Rolle n'a aucun sens.
Le point délicat. L'hypothèse « n'est pas racine de » est indispensable pour évaluer en ; le cas où est racine multiple de se traite à part, et il est trivial. Et c'est la conjugaison qui transforme une somme d'inverses, sans signification géométrique, en une relation barycentrique : sans elle, on ne verrait pas que les coefficients sont positifs.
Ce que l'exercice installe. La formule est un outil de localisation : elle enferme les racines de dans l'enveloppe convexe de celles de . Le programme annonce des « problèmes de localisation des racines, plus géométriques dans le cas complexe » : c'est exactement celui-ci. Et la physique le connaît : si l'on place en chaque racine une charge , le champ créé au point est proportionnel à , et les racines de sont les points d'équilibre.
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