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Problème — Les polynômes de Tchebychev et le théorème de Tchebychev

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 10 — Polynômes et fractions rationnelles · G. Interpolation de Lagrange

Énoncé

1) Montrer qu'il existe une unique suite de polynômes de telle que pour tout ; on établira , et . Expliciter , , .

2) Montrer que pour , est de degré , de coefficient dominant , et de la parité de .

3) Montrer que admet les racines , , toutes dans ; en déduire que est scindé sur à racines simples et que .

4) Montrer que pour , et que aux points , , avec .

5) Théorème de Tchebychev. Soit unitaire de degré . Montrer que , avec égalité pour .

6) Soient distincts et . Montrer que , avec égalité lorsque les sont les racines de . Commenter, sachant que l'erreur d'interpolation de Lagrange d'une fonction de classe aux points est majorée par (résultat admis, hors programme).

Corrigé

1) Existence et unicité. Existence, par récurrence double. Posons et : et . Supposons construits et avec et . La formule avec , donne . Donc convient, et la suite existe. Unicité. Si et vérifient tous deux , alors et coïncident en tout point de (tout s'écrit ), c'est-à-dire en une infinité de points : a une infinité de racines, donc . La suite est unique, et elle est donnée par la récurrence. Explicitement : , , . On reconnaît et .

2) Degré, coefficient dominant, parité. Par récurrence double. Pour : , degré , coefficient dominant , impair ; pour : , degré , coefficient , pair. Supposons la propriété vraie aux rangs et (). Alors est de degré , de coefficient dominant , et est de degré : donc est de degré et de coefficient dominant . Pour la parité : n'a que des monômes de la parité de , donc n'a que des monômes de la parité de ; n'a que des monômes de la parité de , qui est celle de ; leur différence aussi. Pour , , le coefficient dominant est , et a la parité de .

3) Les racines. Pour , posons ; alors , car est un multiple impair de . Les sont strictement croissants et tous dans () ; comme est strictement décroissante sur , les sont deux à deux distincts, et dans puisque . Voilà racines distinctes d'un polynôme de degré : ce sont toutes ses racines, chacune simple, et est scindé sur . Avec le coefficient dominant du 2) : .

4) La borne et les points d'équi-oscillation. Pour , écrivons : , donc . Aux points , . Les angles , , croissent strictement de à , donc, étant strictement décroissante sur , , et y prend alternativement les valeurs : il touche fois ses bornes, en alternant.

5) Le théorème de Tchebychev. Notons : par le 2), c'est un polynôme unitaire de degré (coefficient dominant ), et par le 4), (majoré par , et atteint en ). Raisonnons par l'absurde : soit unitaire de degré avec . Posons : différence de deux polynômes unitaires de degré , est de degré au plus . Aux points : , et . Pour pair, ; pour impair, . Ainsi prend, aux points , des valeurs alternativement strictement positives et strictement négatives. Sur chacun des intervalles , , la fonction continue change de signe strict : par le théorème des valeurs intermédiaires, elle s'y annule. Ces intervalles sont deux à deux disjoints, ce qui fournit racines distinctes de . Or est de degré au plus : donc , c'est-à-dire . Mais alors , contredisant l'hypothèse . Pour tout unitaire de degré , , et l'égalité est réalisée par .

Le point délicat. Le cœur de la preuve est un énoncé à retenir : un polynôme de degré au plus qui change fois de signe est nul. Il exige des changements de signe stricts — c'est pour cela que l'hypothèse est et non — et il utilise à la fois l'analyse (les valeurs intermédiaires) et l'algèbre (le nombre de racines). Les points d'équi-oscillation de sont exactement ce qui force changements de signe.

6) Les meilleurs nœuds d'interpolation. Le polynôme est unitaire de degré : par le 5), . Si les sont les racines de , alors par le 3), et le 5) dit que la borne est atteinte : le choix des racines de minimise . Commentaire. L'erreur d'interpolation de Lagrange d'une fonction aux nœuds est majorée par : le facteur ne dépend que de , le facteur ne dépend que des nœuds. Choisir les nœuds, c'est choisir ; le meilleur choix uniforme sur est celui qui rend minimal, et ce sont les racines de Tchebychev — resserrées près des bords, là où des nœuds équidistants laissent l'interpolant osciller. C'est la raison pour laquelle le calcul scientifique interpole aux points de Tchebychev.

Le théorème obtenu — théorème de Tchebychev. Pour tout polynôme unitaire de degré , , et le polynôme , dont les racines sont les , est celui qui réalise le minimum. En conséquence, les racines de sont les nœuds qui minimisent le facteur de l'erreur d'interpolation.

Ce que le problème installe. Trois idées. Un polynôme peut être défini par ses valeurs sur un ensemble infini — ici — et l'unicité vient du nombre de racines. Ses racines et ses extrema se lisent sur un paramétrage trigonométrique, sans aucun calcul de coefficients. Et le lemme « degré au plus et changements de signe, donc nul » est l'outil de toute l'approximation uniforme : c'est lui qui fait de l'équi-oscillation la signature du meilleur polynôme. On retrouvera les au chapitre 15, comme famille orthogonale pour un produit scalaire à poids.

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