Problème — Noyaux itérés et décomposition de Fitting
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 12 — Espaces vectoriels et applications linéaires · D. Applications linéaires, noyaux et images
Énoncé
Soit un -espace vectoriel de dimension et . Pour , on note et (avec ).
1) Montrer que la suite est croissante pour l'inclusion et décroissante. Montrer que si pour un certain , alors — et donc pour tout .
2) En déduire qu'il existe un plus petit entier tel que , que les inclusions sont strictes, et que . Montrer que stationne à partir du même rang .
3) Montrer que , puis que .
4) Montrer que et sont stables par , et que induit sur un automorphisme.
5) Montrer que induit sur un endomorphisme nilpotent, dont l'indice de nilpotence est exactement (si ). Énoncer la décomposition obtenue.
6) Application : si est nilpotent (il existe avec ), montrer que et que n'est pas inversible. Que vaut la décomposition pour un projecteur ? pour un automorphisme ?
Corrigé
1) Monotonie et stationnarité. Croissance des noyaux. Si , alors : . Décroissance des images. Si , alors : .
Stationnarité. Supposons , et soit : , donc , donc , c'est-à-dire : . Ainsi , et avec la croissance, . Par récurrence immédiate, pour tout : dès que la suite des noyaux stationne une fois, elle stationne pour toujours.
Le point délicat. L'argument consiste à faire passer d'un noyau à l'autre : on « décale » d'un cran, et l'hypothèse ramène d'un cran. C'est une propriété de la suite, pas de .
2) Le rang de stationnement. La suite est croissante (inclusions) et à valeurs dans . Une suite croissante d'entiers bornée par ne peut pas croître strictement plus de fois : il existe avec , et alors (inclusion et même dimension). L'ensemble des tels est non vide ; soit son plus petit élément.
Inclusions strictes. Pour , on a par minimalité de , donc et . Comme est de dimension , on obtient , et donc .
Les images. Par le théorème du rang, pour tout . Donc (inclusion et même dimension) si et seulement si , si et seulement si . Les deux suites stationnent exactement au même rang , et pour .
3) La somme directe. Posons . Alors et car . Ainsi , et l'exercice 6, question 3, appliqué à , donne , c'est-à-dire , puis Redisons pourquoi : l'intersection est nulle, et par le théorème du rang pour .
4) Stabilité et automorphisme. Stabilité. Si : , donc — commute avec ses puissances. Si : .
Automorphisme sur . Notons la restriction, endomorphisme de par stabilité. Son noyau est (car ). Donc est injective ; endomorphisme injectif d'un espace de dimension finie, elle est bijective : induit un automorphisme de .
5) Nilpotence sur . Notons la restriction. Pour , : , l'endomorphisme induit est nilpotent, d'indice au plus . Si , l'indice est exactement : comme , il existe avec , donc .
La décomposition obtenue. Pour tout endomorphisme d'un espace de dimension finie , il existe un entier tel que les deux sous-espaces étant stables par , la restriction de à étant nilpotente d'indice et sa restriction à un automorphisme.
6) Applications. nilpotent. Si , alors . Comme la suite des noyaux est croissante et stationne à partir de : si , ; si , force , ce qui contredit la minimalité de — donc et dans tous les cas . Alors avec , d'où : un endomorphisme nilpotent d'un espace de dimension a un indice au plus . Et n'est pas inversible : donne , donc n'est pas inversible, donc non plus (un produit d'inversibles est inversible) — ou directement, puisque dès que , et car .
Projecteur. donne : le rang de stationnement est (si ), et la décomposition est , celle du cours ; sur , l'endomorphisme induit est nul (nilpotent d'indice ), sur c'est l'identité. Pour : , rang , .
Automorphisme. : rang de stationnement , et : la décomposition est triviale, est partout inversible.
Le théorème obtenu — décomposition de Fitting. Tout endomorphisme d'un espace de dimension finie admet un entier tel que , avec nilpotent sur le premier facteur et inversible sur le second ; en particulier, un endomorphisme nilpotent de vérifie .
Ce que le problème installe. Deux idées qui dépassent ce chapitre. La première : une suite croissante de sous-espaces d'un espace de dimension finie stationne, et pour les noyaux itérés, dès qu'elle stationne une fois elle stationne pour toujours — un argument de dimension pur. La seconde : tout endomorphisme est, à une somme directe près, la juxtaposition d'un nilpotent et d'un automorphisme. L'exercice 6 était le cas ; le problème l'itère. La réduction des endomorphismes, en seconde année, commencera exactement ici.
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