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Problème — Le déterminant de Vandermonde, l'interpolation de Lagrange et la liberté des exponentielles

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 14 — Groupe symétrique et déterminants · D. Vandermonde, comatrice, géométrie

Énoncé

Pour , on note la colonne étant formée des puissances successives de , de l'exposant à l'exposant .

1) Calculer et , ce dernier par les opérations puis . Vérifier la formule pour et .

2) Soient fixés, avec . On pose . Montrer que est un polynôme de degré au plus , dont le coefficient de est .

3) Montrer que pour . En déduire que si sont deux à deux distincts, , puis établir par récurrence la formule , en traitant aussi le cas où deux coïncident.

4) En déduire que si et seulement si les sont deux à deux distincts.

5) (Lagrange.) Soient deux à deux distincts. Montrer que est un isomorphisme de sur . En déduire l'existence et l'unicité du polynôme d'interpolation, et que les polynômes de Lagrange forment une base de .

6) (Exponentielles.) Soient des réels. Montrer que la famille des fonctions , , est libre dans l'espace des fonctions de dans . Énoncer le théorème obtenu.

Corrigé

1) Les petits cas. Pour : , et le produit se réduit au seul facteur .

Pour , effectuons d'abord , puis — deux transvections, le déterminant est inchangé : On développe selon la première colonne, qui n'a qu'un coefficient non nul, puis on sort les facteurs de la première colonne et de la seconde du déterminant restant : C'est exactement avec : les trois facteurs .

2) Le déterminant est un polynôme en sa dernière variable. Dans la matrice de , seule la dernière colonne dépend de : elle vaut . Développons selon cette colonne : est la matrice privée de la ligne et de la colonne : elle ne contient plus que des , et son déterminant est un scalaire indépendant de . Donc est une combinaison linéaire de : un polynôme de degré au plus . Son coefficient de correspond à : c'est , et , obtenue en supprimant la dernière ligne et la dernière colonne, est précisément la matrice de Vandermonde de (puissances de à ). Donc le coefficient de est .

3) Les racines, puis la formule. Pour , est le déterminant d'une matrice dont les colonnes et sont égales : il est nul. Donc sont racines de .

Si les sont deux à deux distincts. est de degré au plus et admet racines distinctes. D'après le chapitre sur les polynômes, est donc divisible par , qui est de degré : pour une constante , et en comparant les coefficients de , . (Si ce coefficient est nul, est de degré au plus avec racines, donc , et la formule reste vraie avec .) Ainsi En évaluant en :

La récurrence. Montrons par récurrence sur que pour tous scalaires , distincts ou non. Pour , et le produit est vide, donc vaut . Supposons la formule vraie au rang , et soient quelconques.

La formule est établie pour tout :

Le point délicat. Le raisonnement ne calcule jamais le déterminant : il le caractérise comme polynôme, par ses racines et son coefficient dominant. C'est un changement de point de vue — regarder une des variables comme une indéterminée — et c'est lui qui fait tout.

4) Le critère de non-nullité. Un produit est non nul si et seulement si chacun de ses facteurs l'est : si et seulement si pour tous , c'est-à-dire si et seulement si les sont deux à deux distincts.

5) L'interpolation de Lagrange. L'application , , est linéaire, car chaque évaluation l'est. Les deux espaces sont de dimension . Écrivons la matrice de dans la base canonique au départ et la base canonique de à l'arrivée : la colonne est l'image de , soit . Le coefficient d'indice est : c'est la transposée de la matrice de Vandermonde de , dont le coefficient est . Comme le déterminant est invariant par transposition, par le 4), les étant distincts. Donc est un isomorphisme.

Conséquences. Pour tout , il existe un unique tel que pour tout : c'est l'existence et l'unicité du polynôme d'interpolation de degré au plus en points distincts. Les polynômes de Lagrange vérifient (chaque facteur vaut si et le produit vaut si ), c'est-à-dire , le -ième vecteur de la base canonique de . Les sont donc les images réciproques d'une base par un isomorphisme : ils forment une base de , et le polynôme d'interpolation s'y écrit .

6) La liberté des exponentielles. Soient des réels tels que pour tout réel . Évaluons cette relation en : pour , Posons . Ces réels sont deux à deux distincts, l'exponentielle étant injective et les distincts. Les équations obtenues forment un système linéaire homogène d'inconnues , dont la matrice a pour coefficient d'indice le nombre : c'est la matrice de Vandermonde de , de déterminant par le 4). Le système est de Cramer, sa seule solution est . La famille est libre.

Le théorème obtenu — formule de Vandermonde et ses conséquences. Pour tous scalaires , non nul si et seulement si les sont deux à deux distincts. En conséquence, par points d'abscisses distinctes passe un unique polynôme de degré au plus , et les polynômes de Lagrange associés forment une base ; et des exponentielles d'exposants distincts sont linéairement indépendantes.

Ce que le problème installe. Une idée qui dépasse ce chapitre : pour calculer un déterminant dépendant de paramètres, on le regarde comme un polynôme en l'un d'eux, on lit ses racines sur les colonnes qui deviennent égales, on lit son coefficient dominant par un développement, et la factorisation fait le reste. C'est la méthode de tous les déterminants « à paramètre ». Et le problème rend au chapitre sur les polynômes ce qu'il lui avait emprunté : l'interpolation de Lagrange, qu'on y avait construite à la main, est ici une simple lecture de « déterminant non nul, donc isomorphisme ».

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