Les polynômes de Legendre et la parité
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 15 — Espaces préhilbertiens réels · C. Orthogonalité et Gram-Schmidt
Énoncé
Sur muni de , on note la famille obtenue en orthogonalisant, sans normaliser, la base canonique par l'algorithme de Gram-Schmidt : et
a) Montrer que si et sont de parités contraires (l'un pair, l'autre impair), alors .
b) Montrer par récurrence que est unitaire, de degré , et de la parité de . En déduire que dans la formule de Gram-Schmidt, seuls les indices de la parité de contribuent.
c) Calculer , , , .
d) Montrer que , et la calculer. Pourquoi, plus généralement, ?
Corrigé
La stratégie. Avant tout calcul, on exploite une symétrie : l'intervalle est symétrique, et l'intégrale d'une fonction impaire y est nulle. Cela annule a priori la moitié des produits scalaires de Gram-Schmidt, et le reste tient en quelques intégrales de monômes.
a) Parités contraires. Si est pair et impair (ou l'inverse), la fonction est impaire. L'intégrale d'une fonction impaire sur un segment centré en est nulle (chapitre sur l'intégration) : . Un polynôme pair et un polynôme impair sont toujours orthogonaux pour ce produit scalaire.
b) La récurrence. Notons : « pour tout , est unitaire, de degré , et de la parité de ». est vraie : . Supposons et regardons .
Les termes qui disparaissent. Si n'a pas la parité de , alors (de la parité de , par hypothèse) et sont de parités contraires, donc par le a). Seuls les de la parité de contribuent.
Degré et coefficient dominant. Chaque de la somme est de degré ; la somme est donc de degré au plus , et est unitaire de degré .
Parité. a la parité de , et chaque qui contribue aussi (car a la parité de ) ; une combinaison linéaire de polynômes de même parité a cette parité. Donc a la parité de . est établie.
c) Les quatre premiers. On aura besoin des intégrales (et pour les puissances impaires).
- , avec .
- , et par imparité : , avec .
- (le terme en disparaît par parité). Or , donc
- (les termes en et , pairs, disparaissent). Or , donc Contrôle : .
d) La distance. La distance de à est , où est la projection orthogonale sur . Or Gram-Schmidt conserve les sous-espaces engendrés : , et en est une base orthogonale. La projection sur s'écrit donc, comme à l'exercice 4, et c'est exactement ce que la formule de Gram-Schmidt retranche à : . D'où .
Le calcul. . Donc Second calcul, plus élégant : comme et , on a . Même valeur.
Le cas général. Le même argument vaut pour tout : , la somme de Gram-Schmidt est le projeté de sur , donc et . Le polynôme de Legendre est le reste de après projection sur les degrés inférieurs, et sa norme est la distance de aux polynômes de degré moindre.
Ce que l'exercice installe. Exploiter une symétrie avant tout calcul : la parité tue la moitié des produits scalaires, et ce qui reste est court. Et une lecture de l'algorithme de Gram-Schmidt : chaque étape est une projection orthogonale sur ce qui précède, si bien que les vecteurs produits sont des distances. Les polynômes orthogonaux — Legendre ici, d'autres pour d'autres produits scalaires — sont l'illustration que le programme demande, et l'outil de toute l'approximation polynomiale.
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