Adloun

Des moments nuls forcent des changements de signe

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 16 — Intégration · B. Propriétés de l'intégrale

Énoncé

Soit et continue sur , à valeurs réelles, telle que Montrer que s'annule en au moins points distincts de .

Corrigé

La stratégie. Par l'absurde, en fabriquant un polynôme. Si changeait de signe trop peu de fois, on saurait construire un polynôme de degré au plus qui change de signe aux mêmes endroits ; le produit serait alors de signe constant, et son intégrale, nulle par hypothèse, forcerait à être nul.

Préliminaire : une seule hypothèse. Par linéarité de l'intégrale, les hypothèses se résument en une : En effet, donne . Autrement dit, est orthogonale à pour le produit scalaire .

Premier cas : a une infinité de zéros dans . Alors il n'y a rien à démontrer — elle en a en particulier . Ce cas couvre .

Second cas : n'a qu'un nombre fini de zéros dans . Notons-les (avec éventuellement ). Sur chacun des intervalles ouverts , , …, , la fonction est continue et ne s'annule pas : par le théorème des valeurs intermédiaires, elle y garde un signe strict constant. On dit que change de signe en si les signes de sur les deux intervalles adjacents à sont opposés. Soient les zéros où change de signe — ce sont certains des , donc .

Supposons par l'absurde que . Posons polynôme de degré (le produit vide vaut si ). Ce polynôme change de signe exactement aux points , et nulle part ailleurs. Regardons le signe du produit sur : sur chaque intervalle entre deux zéros consécutifs de , et ont chacun un signe constant, donc aussi. En traversant un zéro de qui n'est pas un changement de signe, garde son signe et aussi (car n'est pas un ) : le signe de ne change pas. En traversant un , et changent de signe simultanément : le signe de ne change pas non plus. Donc garde un signe constant au sens large sur : partout, ou partout.

La contradiction. est continue, de signe constant, et par le préliminaire, puisque . Le théorème « continue, de signe constant, d'intégrale nulle » donne sur . Or n'a qu'un nombre fini de racines : est nulle sur privé d'un ensemble fini, donc partout par continuité. Mais alors a une infinité de zéros, ce qui contredit l'hypothèse du second cas.

Conclusion. Dans le second cas, : change de signe en au moins points de , et chacun est un zéro de . Dans les deux cas, s'annule en au moins points distincts de .

Deux points délicats. Le degré de doit rester au plus , sinon l'hypothèse ne s'applique plus : c'est pourquoi on place une racine à chaque changement de signe et à aucun autre endroit. Et l'on compte les changements de signe, pas les zéros : un zéro sans changement de signe, comme celui de , ne doit pas recevoir de racine de , sinon changerait de signe et l'argument s'effondrerait.

Contrôle, et optimalité. Pour , l'hypothèse est et la conclusion « s'annule au moins une fois » : c'est l'exercice précédent. Pour , le polynôme vérifie et , et il s'annule exactement deux fois dans , en : la borne est atteinte, elle est optimale.

Ce que l'exercice installe. Être orthogonal à tout un espace de polynômes coûte des changements de signe : on ne peut pas avoir ses premiers moments nuls sans osciller au moins fois. C'est le mécanisme qui garantit que les polynômes orthogonaux du chapitre précédent — Legendre, dont est orthogonal à — ont toutes leurs racines réelles, simples, et intérieures à l'intervalle : la propriété sur laquelle reposent les formules de quadrature de Gauss.

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