Adloun

La constante d'Euler

Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 17 — Séries numériques et familles sommables · B. Séries à termes positifs

Énoncé

Pour , on note .

a) En appliquant l'encadrement de la comparaison série-intégrale à sur , établir pour tout . En déduire , et que la suite est bornée.

b) On pose . Montrer que , que ce nombre est strictement négatif, et qu'il est équivalent à .

c) En déduire que la série converge, puis que la suite converge vers un réel . Montrer que .

d) Écrire et en déduire . En exprimant les sommes partielles d'indice pair de la série à l'aide de et , retrouver .

Corrigé

Ce qu'on a le droit d'utiliser. Le théorème de comparaison série-intégrale pour une fonction décroissante positive ; l'encadrement du chapitre 4, pour , avec inégalités strictes pour ; le développement limité ; le théorème du lien suite-série ; les séries de Riemann. La stratégie est d'encadrer d'abord, puis de prouver la convergence par la série des accroissements, ce que l'encadrement seul ne sait pas faire.

a) L'encadrement. La fonction est continue, positive et décroissante sur . Pour et , on a ; en intégrant sur un intervalle de longueur :

Minoration. L'inégalité de droite de , sommée pour , donne par la relation de Chasles , c'est-à-dire .

Majoration. L'inégalité de gauche de , sommée pour , donne , donc .

Le point délicat. On ne peut pas faire partir la seconde somme de : il faudrait intégrer sur , ce qui n'a pas de sens. On isole le premier terme, et c'est lui seul qui produit la constante .

L'équivalent. Pour , on divise par : . Le membre de gauche vaut , celui de droite tend vers . Par encadrement, : .

La suite bornée. L'encadrement se relit , et . Donc pour tout : la suite est bornée. Mais bornée n'est pas convergente : rien n'interdit encore à d'osciller dans .

b) Les accroissements. Par définition,

Le signe. L'inégalité pour , appliquée à , donne . Donc : la suite est strictement décroissante. (C'est aussi l'inégalité de gauche de , avec .)

L'équivalent. Posons , qui tend vers . D'une part . D'autre part . Par différence,

c) La convergence, par la série des accroissements. La série est à termes strictement positifs d'après b), et . Deux séries à termes positifs de termes généraux équivalents sont de même nature ; converge (Riemann, ). Donc converge, et aussi. Par le théorème du lien suite-série, la suite converge. On note sa limite : c'est la constante d'Euler, .

L'encadrement de . Pour , on dispose de deux inégalités strictes : (b), et , parce que pour . Sommons de à puis faisons tendre vers : la somme télescopique tend vers , et tend vers . La série des différences est à termes strictement positifs, donc sa somme est strictement positive. Ainsi, pour tout : Avec : , d'où , c'est-à-dire . Avec on fait mieux : , d'où . (On ignore encore aujourd'hui si est rationnel.)

d) La troisième preuve de . Dire que , c'est écrire . Alors Les sommes partielles paires. Notons . Dans , les termes d'indice impair sont comptés positivement, ceux d'indice pair négativement. Ajoutons et retranchons les termes pairs : Donc . Et également. Les deux sous-suites d'indices pairs et impairs, qui épuisent tous les indices, convergent vers la même limite : , c'est-à-dire . C'est la troisième démonstration de l'année, après l'inégalité de Taylor-Lagrange au chapitre 16 et les suites adjacentes au chapitre 5 — et celle-ci n'invoque même pas le théorème des séries alternées.

Ce que l'exercice installe. Le théorème du lien suite-série dans son sens fécond : pour prouver qu'une suite converge, on prouve que la série de ses accroissements converge, et un équivalent en suffit. On l'utilisera tel quel pour la formule de Stirling. Et l'encadrement dit aussi la vitesse : est approché par à moins de près.

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