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Problème — La formule des dérangements

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 18 — Dénombrement · D. Problèmes et doubles comptages

Énoncé

Une permutation de est un dérangement si elle n'a aucun point fixe : pour tout . On note le nombre de dérangements de , avec la convention .

1) Calculer , , , puis en listant.

2) Classer les permutations de selon leur ensemble de points fixes ; en déduire .

3) Pour , rappeler pourquoi . On pose ; montrer que (on regroupera selon ).

4) En déduire, par récurrence forte, pour tout : c'est la formule des dérangements.

5) En déduire pour , puis pour .

6) Montrer que , et interpréter.

Corrigé

1) Les premières valeurs. : la seule permutation de est l'identité, qui fixe . : sur , l'identité fixe tout et la transposition qui échange et ne fixe rien. : les six permutations de sont l'identité, les trois transpositions, qui fixent chacune un élément, et les deux permutations circulaires et , sans point fixe. : en écrivant une permutation par le mot , les dérangements sont On les obtient sans en oublier : donne , , (si , il reste à déranger ; si , alors impose puis ; si , alors et ), et les cas et en donnent trois chacun, par symétrie : renommer en dans tout le tableau échange les deux premiers cas sans créer ni détruire de point fixe. Ce sont les trois doubles échanges et les six permutations circulaires d'ordre .

2) La relation triangulaire. Classons les permutations de selon leur ensemble de points fixes , qui est une partie de ; les classes sont disjointes et recouvrent tout, une permutation ayant un ensemble de points fixes et un seul.

La classe de . Soit dont l'ensemble des points fixes est exactement , et son complémentaire. Pour , on a , et : si l'on avait , alors et l'injectivité donnerait , contradiction. Donc induit une permutation de , sans point fixe : un dérangement de . Réciproquement, un dérangement de , prolongé par l'identité sur , est une permutation de dont l'ensemble des points fixes est exactement . Cette correspondance est bijective : la classe de a éléments — le nombre de dérangements ne dépend que du cardinal, étant en bijection avec .

Le comptage. Il y a parties à éléments, chacune de classe de cardinal . Par le principe d'addition, Contrôle pour : .

3) La même relation pour . Pour , la formule du binôme avec et donne ; pour , la somme vaut . Calculons maintenant, en utilisant : La somme double porte sur les couples d'entiers naturels avec . Regroupons-les selon , qui varie de à — une partition de l'ensemble des couples, sommation par diagonales du chapitre 2 : Tous les termes sont nuls sauf , qui vaut . Donc : la suite vérifie la même relation triangulaire que .

4) La récurrence forte. Montrons pour tout . Initialisation : et . Hérédité : soit tel que pour tout . Isolons le terme dans les deux relations : Pour , on a , donc par hypothèse de récurrence : les deux sommes sont égales, et par différence . D'où, pour tout , Le point délicat. La relation triangulaire détermine la suite : s'exprime en fonction des précédents, et deux suites qui la vérifient avec le même terme initial coïncident. On n'a jamais compté les dérangements directement, on a exhibé une suite candidate et vérifié qu'elle satisfait la même relation. Contrôle : .

5) Deux récurrences. De la formule, pour , en isolant le dernier terme : Puis, pour , écrivons et remplaçons par dans le second : . Donc Elle permet un calcul rapide : , , , . (Cette seconde récurrence a une lecture combinatoire, qu'on indique sans la détailler : un dérangement envoie sur l'un des autres éléments, disons ; ou bien , et échange et tout en dérangeant les autres ; ou bien , et en envoyant l'antécédent de sur au lieu de , on obtient un dérangement de , de façon bijective.)

6) La limite. D'après 4), , somme partielle de la série exponentielle en : par le théorème du chapitre 17, , elle converge vers . Donc Mieux : la série est alternée et décroît vers , donc l'écart entre et est majoré par le premier terme négligé, ; en multipliant par , dès que : est l'entier le plus proche de . Contrôle : et ; et .

L'interprétation. Si l'on rend au hasard chapeaux à leurs propriétaires, la proportion des façons de le faire où personne ne retrouve son chapeau est : pour , pour , pour , pour , puis à trois décimales près pour tout . Contrairement à l'intuition, cette proportion ne tend pas vers quand le nombre de chapeaux grandit : elle se stabilise à , plus d'un tiers, quel que soit .

Le théorème obtenu — la formule des dérangements. Le nombre de permutations de objets sans point fixe est , entier le plus proche de ; la proportion tend vers . C'est le problème des rencontres, posé par Montmort en 1708 à propos d'un jeu de cartes, et résolu par lui et par Euler.

Ce que le problème installe. Deux idées. Une partition selon un invariant — ici l'ensemble des points fixes — donne une relation entre les nombres cherchés et les coefficients binomiaux, et cette relation triangulaire suffit à les déterminer : on ne compte pas, on identifie. Et le binôme évalué en , qui vaut sauf pour , est l'outil qui « inverse » ce type de relation — c'est, sous une forme élémentaire, ce que la formule du crible, hors programme, systématise. Le chapitre 19 reprendra ce problème mot pour mot, comme la probabilité qu'une permutation aléatoire n'ait aucun point fixe.

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