Additionner deux binomiales sans rien calculer
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 19 — Probabilités sur un univers fini · C. Lois, couples, indépendance
Énoncé
Soient et deux variables aléatoires indépendantes, de lois et — même paramètre .
a) Montrer sans calcul que .
b) Retrouver le résultat par le calcul, à l'aide de l'identité de Vandermonde .
c) Que devient l'énoncé si l'on retire l'hypothèse d'indépendance ? On examinera (avec ), puis (avec et ).
Corrigé
La stratégie. Revenir à la définition concrète de la loi binomiale — le nombre de succès dans une répétition d'épreuves indépendantes — au lieu de calculer une somme de produits. C'est l'exercice où l'on gagne en refusant de calculer ; le b) montre ce que ce refus a épargné.
a) Sans calcul.
Premier point : ce que « » veut dire. Le cours établit que si sont indépendantes de loi , alors . Une variable de loi a donc la même loi qu'un nombre de succès en épreuves indépendantes.
Deuxième point : la construction. Choisissons variables , indépendantes, de loi , et posons Alors et . De plus et sont indépendantes, par le lemme des coalitions : ce sont des fonctions de deux paquets disjoints de variables indépendantes.
Troisième point : les deux couples ont la même loi. La loi conjointe d'un couple de variables indépendantes est le produit des marginales. Pour tous : les marginales étant les mêmes de part et d'autre. Donc les couples et ont la même loi.
Quatrième point : une fonction d'un couple. Le cours dit que si deux variables ont la même loi, leurs images par une même fonction ont la même loi : , et cela vaut pour les couples, qui sont des variables à valeurs dans un produit. Avec : a la même loi que , qui suit par le premier point. Donc L'interprétation est la démonstration : faire épreuves puis épreuves indépendantes, c'est faire épreuves ; additionner les succès des deux paquets, c'est compter tous les succès.
b) Le calcul qu'on a évité. Par la formule des probabilités totales sur le système complet et l'indépendance, la somme portant sur les tels que et . Les puissances se regroupent : chaque terme contient , indépendant de . Donc par l'identité de Vandermonde du chapitre de dénombrement. On retrouve — au prix d'une identité combinatoire que le a) contenait implicitement : choisir succès parmi positions, c'est en choisir dans le premier paquet et dans le second.
Contrôle sur . prend les valeurs avec les probabilités , , : c'est bien .
c) Sans indépendance, l'énoncé est faux.
Premier contre-exemple, . Alors ne prend que des valeurs paires, alors qu'une loi charge toutes les valeurs de à , avec .
Second contre-exemple, avec . La variable compte les échecs ; elle suit la loi , la même que . Pourtant est constante : , alors que donne .
Dans les deux cas, et ont bien les lois annoncées : ce sont les marginales, et elles ne déterminent pas la loi de la somme. Seule la loi conjointe la détermine, et c'est l'indépendance qui la fixe.
Le point délicat : on démontre une égalité de lois, pas une égalité de variables. n'est pas — ces variables peuvent vivre sur des univers différents. Elles ont la même loi, comme et ont la même loi sans jamais être égales.
Ce que l'exercice installe. Une loi binomiale se pense : c'est un nombre de succès. Le même réflexe donne en deux lignes par linéarité, et par additivité des variances de variables indépendantes. Et la leçon de fond : pour connaître la loi d'une fonction de , on peut remplacer par n'importe quel couple de même loi conjointe — choisi commode.
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