Monty Hall : modéliser l'information
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 19 — Probabilités sur un univers fini · B. Conditionnement et formule de Bayes
Énoncé
Trois portes ; derrière l'une, une voiture ; derrière les deux autres, une chèvre. Le joueur choisit une porte. L'animateur, qui sait où est la voiture, ouvre alors une autre porte, derrière laquelle il y a une chèvre, puis propose au joueur de changer de porte.
a) Modéliser la situation et montrer qu'en changeant, le joueur gagne avec probabilité .
b) Le joueur a choisi la porte et l'animateur a ouvert la porte . Calculer par la formule de Bayes la probabilité que la voiture soit derrière la porte . Où pèche le raisonnement qui conclut à ?
c) On suppose maintenant que l'animateur ignore où est la voiture et ouvre au hasard l'une des deux portes non choisies ; il se trouve qu'elle cache une chèvre. Que vaut, dans ce modèle, la probabilité que la voiture soit derrière l'autre porte fermée ?
Corrigé
La stratégie. Le paradoxe de Monty Hall n'est pas un paradoxe de calcul : c'est un paradoxe de modélisation. Tout repose sur ce que sait l'animateur et sur ce qu'il fait de ce qu'il sait. On construit donc un modèle où l'univers porte deux variables : la porte de la voiture, et la porte ouverte par l'animateur.
a) Le modèle informé. Numérotons les portes . Par symétrie, on peut supposer que le joueur choisit la porte . Soit la porte de la voiture : suit la loi uniforme sur , donc . L'animateur ouvre une porte qui n'est ni la porte du joueur, ni la porte de la voiture. Trois cas, selon un système complet d'événements :
- Si , le joueur a déjà la voiture. L'animateur a le choix entre les portes et , toutes deux perdantes ; disons qu'il ouvre l'une ou l'autre avec probabilité — on verra que cette convention ne change rien. En changeant, le joueur perd : .
- Si , l'animateur ne peut ouvrir ni la porte (celle du joueur), ni la porte (la voiture) : il est contraint d'ouvrir la porte . En changeant, le joueur prend la porte et gagne : .
- Si , symétriquement, l'animateur ouvre la porte , et le joueur, en changeant, gagne.
La formule des probabilités totales donne et donc . Lecture en une phrase : changer gagne si et seulement si le premier choix était mauvais, ce qui arrive avec probabilité .
b) Bayes, et où pèche le . Calculons par les probabilités totales, avec la convention du a) : , , . Donc La formule de Bayes renverse le conditionnement : Sachant que l'animateur a ouvert la porte , la voiture est derrière la porte avec probabilité : changer est la bonne stratégie, et l'on retrouve le a) conditionnellement à l'observation.
La convention ne change rien. Si, dans le cas , l'animateur ouvrait la porte avec une probabilité quelconque, on aurait et : changer n'est jamais perdant, et le gain inconditionnel reste par l'argument du a), qui n'a pas utilisé .
Où pèche le raisonnement à . Il suppose que les deux portes restant fermées sont « également probables ». Mais l'animateur n'ouvre pas au hasard : dans les cas et , soit une probabilité à eux deux, son geste est forcé par la position de la voiture, et il transmet de l'information. C'est exactement ce que Bayes mesure : contre , et ce rapport est le rapport des probabilités finales et .
c) Le modèle ignorant. L'animateur ouvre au hasard l'une des portes ou : est uniforme sur et indépendante de . On observe l'événement : la porte a été ouverte et cachait une chèvre. Par indépendance, d'où Dans ce modèle, changer ne sert à rien. Et c'est cohérent : l'animateur ignorant ne transmet aucune information sur , puisque son geste ne dépend pas de . La différence avec le a) tient tout entière à un mot de l'énoncé : « qui sait où est la voiture ».
Contrôle par simulation. Sur deux cent mille parties du jeu informé, le gain en changeant est observé dans une proportion , contre ; dans le jeu ignorant, parmi les parties où la porte ouverte cachait une chèvre, contre .
Ce que l'exercice installe. En probabilités, l'énoncé ne suffit jamais : il faut décider ce que contient l'univers, et en particulier ce que savent les acteurs. Deux modèles raisonnables donnent ici deux réponses différentes, et , et seule la lecture attentive de l'énoncé tranche. La formule de Bayes est l'outil qui fait remonter de l'observation (la porte ouverte) vers la cause (la position de la voiture).
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.