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Problème — Le théorème de Weierstrass par les polynômes de Bernstein

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 19 — Probabilités sur un univers fini · E. Inégalités et concentration

Énoncé

Soit une fonction continue. Pour et , on définit le -ième polynôme de Bernstein de par Pour fixé, on note une variable aléatoire de loi binomiale — le nombre de succès en épreuves indépendantes de probabilité de succès .

1) Montrer que . Calculer et , et vérifier que .

2) En déduire , et . Que peut-on dire de lorsque est affine ?

3) On suppose -lipschitzienne sur . Montrer que, pour tout ,

4) Cas général : on note , et l'on fixe ; soit tel que implique pour tous . Établir l'inégalité entre variables aléatoires

5) En déduire, par l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, que pour tout .

6) Conclure que tend vers , et énoncer le théorème obtenu. Pourquoi est-ce « la loi des grands nombres » qui l'a démontré ?

Corrigé

1) Le polynôme est une espérance. La variable prend les valeurs avec . La variable prend donc les valeurs avec les mêmes probabilités, et la formule de transfert appliquée à la fonction donne Le cours donne et . Par linéarité de l'espérance et la relation : Enfin sur : c'est un trinôme de maximum en , ou encore . Donc .

Lecture. est la fréquence de succès ; elle a pour moyenne la probabilité , et sa variance tend vers comme . est la moyenne de prise en la fréquence.

2) Les trois premiers polynômes. Notons d'abord que est linéaire en , par linéarité de l'espérance (ou de la somme). Pour : . Pour : . Pour : par Koenig-Huygens, , donc Par linéarité, si est affine, : conserve les fonctions affines. Pour le carré, ce n'est plus exact, mais l'écart est au plus , qui tend vers — premier signe de ce qui va suivre.

Contrôle numérique. Pour , , : la formule donne . Directement, avec valant et pour tout : .

3) Le cas lipschitzien. Pour tout , par hypothèse. On prend l'espérance, en trois temps.

Premier temps, l'inégalité triangulaire de l'espérance : . Avec , dont l'espérance est (la constante a pour espérance elle-même) : la seconde inégalité par croissance de l'espérance.

Deuxième temps, . Pour toute variable , la variance de est positive : , et l'on prend la racine carrée. Avec , qui est centrée, . Donc

Troisième temps, le 1) : . En enchaînant : La borne ne dépend pas de : pour une fonction lipschitzienne, la convergence est acquise, avec une vitesse explicite en .

4) L'inégalité entre variables aléatoires. Le réel existe par le théorème de Heine : est continue sur le segment , donc uniformément continue. Et existe par le théorème des bornes atteintes : une fonction continue sur un segment est bornée. Fixons et posons . Deux cas.

Dans les deux cas, en tout , Le point délicat. On a découpé selon que la fréquence est proche de ou non : proche, la continuité uniforme contrôle l'écart ; loin, on ne contrôle rien, mais l'événement est rare — c'est ce que la question suivante quantifie. Et c'est la continuité uniforme qui compte : le même sert pour tous les et tous les .

5) Tchebychev. On prend l'espérance de l'inégalité du 4) : par croissance et linéarité, et , L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à , d'espérance et de variance au plus , donne Avec l'inégalité triangulaire de l'espérance comme au 3) : Là encore, la borne ne dépend pas de : et ont été choisis avant , et la variance a été majorée par une quantité indépendante de .

6) Conclusion. Pour chaque , la fonction est continue sur le segment (différence d'un polynôme et d'une fonction continue), donc bornée : est un réel, et le 5) dit que . Soit un entier tel que , par exemple . Pour tout , . Comme était arbitraire — et que , puis , ont été choisis en fonction de lui —, c'est exactement la définition de : Or est un polynôme en , de degré au plus : c'est ce qu'on lit sur sa définition, somme de termes à coefficients constants.

Le théorème obtenu — théorème d'approximation de Weierstrass. Toute fonction continue sur un segment est limite uniforme d'une suite de polynômes : pour tout , il existe un polynôme tel que pour tout du segment. Et la démonstration de Bernstein est constructive : elle fournit les polynômes, avec une vitesse explicite pour une fonction -lipschitzienne.

Pourquoi c'est la loi des grands nombres. Le cœur de la preuve est la phrase : la fréquence se concentre autour de la probabilité — c'est la loi faible des grands nombres du cours, sous sa forme non asymptotique, . Si la fréquence est presque toujours proche de , alors est presque toujours proche de , par continuité, et la moyenne de — qui est — est proche de . Le polynôme de Bernstein est la valeur moyenne de sous le hasard binomial, et le hasard binomial s'éteint quand grandit.

Ce que le problème installe. Un théorème d'analyse pure — rien, dans « toute fonction continue est limite uniforme de polynômes », ne parle de hasard — démontré par une construction probabiliste dont chaque étape est une propriété du cours : transfert, linéarité, inégalité triangulaire, Tchebychev. Et l'inégalité du 4), entre variables aléatoires, avec son découpage « proche / loin », est le schéma de toutes les preuves de convergence en probabilités : le cas typique est contrôlé par la régularité, le cas rare par sa probabilité.

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