Une permutation tirée au hasard
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 19 — Probabilités sur un univers fini · A. Modèles et probabilités uniformes
Énoncé
Soit . On tire une permutation uniformément dans , l'ensemble des bijections de sur lui-même.
a) Calculer et . Quelle est la loi de ?
b) Montrer, sans dénombrer, que .
c) Montrer que .
d) Les événements et sont-ils indépendants ?
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. L'univers est , de cardinal , muni de la probabilité uniforme : pour tout événement , . Toute la stratégie tient en une phrase : une bijection de qui envoie un événement sur un autre leur donne le même cardinal, donc la même probabilité — et cela n'est vrai que parce que la probabilité est uniforme.
a) La valeur de . Une permutation telle que est entièrement déterminée par sa restriction à , qui est une bijection de cet ensemble sur lui-même : il y en a . Donc Pour , le compte est le même : la valeur est imposée, et les autres valeurs se répartissent librement sur les éléments restants, soit permutations, d'où — et de même pour tout : suit la loi uniforme sur , aucune valeur n'est privilégiée.
b) La symétrie. Notons et . Deux constats.
Premier constat : et forment un système complet. Ils sont incompatibles, et leur réunion est tout entier, parce que le cas est impossible : est injective et . Donc .
Second constat : et ont le même cardinal. Soit la transposition qui échange et , et . Pour toute permutation , et : échange les valeurs et et laisse les autres en place, donc si et seulement si . De plus , puisque : est une bijection de , qui envoie dans et dans . En appliquant à l'inclusion , on obtient ; avec , cela donne : réalise une bijection de sur , et .
En combinant : , donc
c) Trois valeurs, six ordres. Notons . Les trois valeurs sont deux à deux distinctes, par injectivité ; elles sont donc rangées dans exactement un des six ordres possibles. Précisément, pour chaque permutation de , notons l'événement : les six événements sont deux à deux incompatibles et de réunion , et est celui qui correspond à .
Montrons qu'ils ont tous le même cardinal. Prolongeons en une permutation de en la laissant fixer , et posons . Alors pour , de sorte que L'application est une bijection de (sa réciproque est ), et l'équivalence ci-dessus dit qu'elle envoie sur : . Les six événements ont donc le même cardinal, et :
Vérification par dénombrement direct. On choisit l'ensemble des trois valeurs : choix (« trois parmi ») ; elles doivent être attribuées dans l'ordre croissant, ce qui ne laisse qu'une possibilité ; puis les autres valeurs se répartissent librement : façons. D'où . C'est bien — mais la symétrie l'a donné sans écrire une seule factorielle.
d) Deux événements qui ne sont pas indépendants. On a , donc , alors que (le b) vaut pour comme pour , avec la transposition qui échange et ). Comme , et ne sont pas indépendants. Le sens de la dépendance : — savoir que dépasse le rend « plutôt grand », donc moins susceptible d'être dépassé à son tour.
Contrôle exhaustif, . Les six permutations, écrites : , , , , , . L'événement contient , , : probabilité . L'événement contient , , : . L'intersection ne contient que : . Et .
Le point délicat. Le raisonnement de symétrie n'est licite que parce que la probabilité est uniforme : une bijection entre deux événements ne dit rien de leurs probabilités si les issues ne sont pas équiprobables. Et il fallait vérifier que les cas se recouvrent — éliminer — sans quoi on n'aurait obtenu que .
Ce que l'exercice installe. La symétrie est un instrument de calcul : quand une bijection de l'univers échange deux événements, ils sont équiprobables, et l'on n'a plus rien à compter. On retrouvera exactement ce geste à l'exercice 7 pour les points fixes d'une permutation, où il donnera sans qu'on ait à écrire la loi du nombre de points fixes — que personne ne sait écrire simplement.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.