Adloun

L'inégalité à près

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 2 — Calcul algébrique et trigonométrie · E. Inégalités, valeur absolue, parties bornées

Énoncé

Soient .

a) Montrer que si pour tout , alors . Peut-on conclure ?

b) En déduire que si pour tout , alors .

c) Soit tel que pour tout . Montrer que .

Corrigé

La stratégie : par l'absurde, et choisir l'. L'hypothèse porte sur tous les . Sa force est qu'on peut l'appliquer à l'un d'eux, choisi exprès pour produire une contradiction. Toute la démonstration tient dans ce choix. Ce qu'on a le droit d'utiliser : la compatibilité de l'ordre avec l'addition et avec la multiplication par un réel positif, et le fait que l'ordre sur est total — deux réels sont toujours comparables.

a) Le lemme. Supposons, par l'absurde, que . Posons Comme , on a , donc : c'est un admissible, et l'hypothèse s'applique à lui. Elle donne Or entraîne , donc . On obtient , c'est-à-dire : contradiction. L'hypothèse est donc intenable ; comme l'ordre sur est total, il reste . Ce qui achève la démonstration.

Pourquoi ce précisément. N'importe quel strictement compris entre et conviendrait : avec lui-même on obtiendrait , qui n'est pas une contradiction ; avec , on sortirait de l'hypothèse. La moitié de l'écart est le choix le plus simple qui soit strictement positif et strictement plus petit que l'écart.

Peut-on conclure ? Non. Avec , l'hypothèse « pour tout » est vraie, et pourtant est faux. L'inégalité obtenue est large, même si l'on part d'inégalités strictes : si pour tout , on a a fortiori , donc , et rien de plus. L'inégalité stricte se perd au passage « pour tout » — c'est l'une des erreurs les plus fréquentes de l'année, et elle se reproduira à chaque passage à la limite.

b) L'égalité à près. L'hypothèse signifie , c'est-à-dire à la fois et . Le a), appliqué deux fois (une fois à , une fois à ), donne et , donc par antisymétrie de l'ordre. Deux réels dont la distance est plus petite que tout sont égaux : c'est la forme sous laquelle on démontrera l'unicité d'une limite.

c) Un cas où les sont les . Supposons par l'absurde . Alors , et l'entier vérifie , donc et (on inverse deux réels strictement positifs, ce qui renverse l'inégalité). Cela contredit . Donc .

Ce que c'est. C'est le a) avec et — à ceci près que l'hypothèse ne porte plus sur tous les mais seulement sur ceux de la forme ; et cela suffit, parce que tout est dépassé par un : c'est encore la partie entière qui le garantit, comme à l'exercice précédent. On retiendra qu'une suite de qui tend vers zéro suffit.

Ce que l'exercice installe. C'est le raisonnement de l'analyse : pour établir , on montre l'inégalité « à près » pour tout , et l'on conclut. On le retrouvera, sous cette forme exacte, pour la borne supérieure, pour les limites de suites et de fonctions, pour les intégrales. Et l'on retiendra la règle : ce qu'on obtient ainsi est toujours une inégalité large.

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