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Problème — Identité de Lagrange, inégalités de Cauchy–Schwarz et de Minkowski

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 2 — Calcul algébrique et trigonométrie · B. Sommes de référence, et sommes doubles

Énoncé

Soient , et des réels. On note , et .

1) Écrire et sous la forme de sommes doubles sur le carré .

2) Montrer que , puis établir l'identité de Lagrange :

3) En déduire l'inégalité de Cauchy–Schwarz , c'est-à-dire et montrer qu'il y a égalité si et seulement si les sont tous nuls, ou s'il existe tel que pour tout .

4) Montrer que , puis que, si les sont strictement positifs, . Cas d'égalité ?

5) Établir l'inégalité de Minkowski : . Que dit-elle pour ?

6) Montrer qu'il y a égalité dans l'inégalité de Minkowski si et seulement si les sont tous nuls, ou s'il existe tel que pour tout . Interpréter pour , et énoncer les théorèmes obtenus.

Corrigé

1) Deux sommes doubles. Un produit de deux sommes finies est la somme double des produits, sur le carré des indices. Pour , on nomme l'indice de la première somme et celui de la seconde : Pour , on écrit la seconde copie de avec l'indice deux indices différents pour deux sommes différentes, même si elles sont égales :

2) La symétrisation. Développons le carré du terme général : Sommons sur le carré . Le premier morceau donne par le 1). Le troisième donne , qui est la même somme que la première à l'échange près des noms des indices , changement d'indices qui parcourt le même carré : donc encore . Le deuxième donne par le 1). Ainsi

L'identité de Lagrange. Découpons le carré en trois : la diagonale , le triangle strict , le triangle strict . Sur la diagonale, le terme vaut . Sur les deux triangles, le terme est symétrique : , donc les deux triangles portent la même somme. D'où C'est l'identité de Lagrange : la différence est une somme de carrés. Pour elle se lit , qu'on vérifie en développant.

3) Cauchy–Schwarz et son cas d'égalité. Une somme de carrés de réels est positive ou nulle : , c'est-à-dire . C'est l'inégalité de Cauchy–Schwarz, et elle est démontrée.

Cas d'égalité. Une somme de carrés est nulle si et seulement si chaque carré est nul. Donc si et seulement si pour tous — et donc pour tous , l'égalité étant symétrique et triviale pour .

Supposons cette condition vérifiée. Si tous les sont nuls, on est dans le premier cas. Sinon, il existe avec ; posons . Pour tout , la condition avec donne , et en divisant par : . Réciproquement, si pour tout , alors pour tous , et si tous les sont nuls, tous les termes sont nuls aussi. Il y a égalité si et seulement si les deux familles sont proportionnelles — l'une des deux pouvant être nulle.

Le point délicat. Le cas d'égalité ne se lit pas sur l'inégalité, il se lit sur la somme de carrés qui la démontre : c'est l'identité de Lagrange, et non l'inégalité, qui dit quand on a égalité. Une preuve qui n'aurait établi que ne permettrait pas de conclure.

4) Deux applications. Première. Prenons pour tout : alors , , et Cauchy–Schwarz donne avec égalité si et seulement si les sont proportionnels à la famille constante , c'est-à-dire tous égaux (le cas « tous nuls » y est inclus). Divisée par , l'inégalité dit que le carré de la moyenne est inférieur à la moyenne des carrés.

Seconde. Pour des , appliquons Cauchy–Schwarz aux deux familles et : leurs carrés sont et , et leurs produits valent . Donc avec égalité si et seulement si pour tout , soit pour tout : les tous égaux. Réécrite, l'inégalité s'énonce la moyenne harmonique est inférieure à la moyenne arithmétique. Contrôle : pour , .

5) Minkowski. Développons le carré de la somme : Or par Cauchy–Schwarz (la racine carrée est croissante). Donc Les deux membres sont positifs et la racine carrée est croissante sur : en prenant la racine, Pour , , et l'inégalité s'écrit : c'est l'inégalité triangulaire de la valeur absolue, celle du cours. Minkowski en est la version à coordonnées.

6) Le cas d'égalité de Minkowski. Reprenons la chaîne du 5) : il y a égalité si et seulement si , c'est-à-dire , ce qui exige à la fois et . Par le 3), signifie : nulle, ou . Dans le second cas, , et si n'est pas nulle, , donc équivaut à . Réciproquement, si est nulle, les deux membres valent ; si avec , le membre de gauche vaut et le membre de droite : égalité. Il y a égalité si et seulement si est nulle ou est un multiple positif de .

Pour . Un couple est un vecteur du plan, et est sa longueur. Minkowski dit que la longueur d'une somme de deux vecteurs est au plus la somme des longueurs — l'inégalité triangulaire du plan, celle qui dit que dans un triangle, un côté est plus court que la somme des deux autres — avec égalité exactement quand les deux vecteurs sont colinéaires de même sens : le triangle est aplati. Et Cauchy–Schwarz, pour , dit : le produit scalaire est majoré par le produit des longueurs, ce qui est la définition même du cosinus d'un angle.

Les théorèmes obtenus. Inégalité de Cauchy–Schwarz : pour tous réels , avec égalité si et seulement si les deux familles sont proportionnelles. Inégalité de Minkowski : , avec égalité si et seulement si l'une des familles est un multiple positif de l'autre. La quantité vérifie donc l'inégalité triangulaire : c'est une longueur, et on l'appellera la norme euclidienne de .

Ce que le problème installe. Deux idées qui dépassent de loin ce chapitre. La première : pour démontrer une inégalité, on écrit la différence comme une somme de carrés ; l'inégalité en découle, et son cas d'égalité aussi — c'est la méthode qui redémontrera Cauchy–Schwarz au chapitre des espaces préhilbertiens, avec un trinôme du second degré à la place de l'identité de Lagrange. La seconde : la symétrisation d'une somme double — écrire deux fois la même somme avec les indices échangés, additionner, diviser par deux — fait apparaître les carrés là où il n'y avait qu'un produit. Avec l'exercice 2, la séance a donc fait deux fois le même découpage du carré en diagonale et triangles : une fois pour calculer, une fois pour démontrer.

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