Problème — La droite des moindres carrés
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 20 — Fonctions de deux variables · D. Extremums
Énoncé
Soient points du plan, dont les abscisses ne sont pas toutes égales. Pour , on pose la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et la droite . On note , , , , , et .
1) Justifier que est de classe sur , calculer , et montrer que équivaut aux équations normales
2) Montrer que et , puis que . Résoudre le système : , . Vérifier que la droite passe par le point moyen .
3) Pour quelconque, on pose , et (les résidus). Établir l'identité et en déduire que est l'unique minimum global de — sans aucun théorème d'existence.
4) Lecture euclidienne. Dans muni du produit scalaire canonique, on pose , et . Montrer que , que les équations normales expriment que est orthogonal à , et que l'identité du 3) est le théorème de Pythagore : est la projection orthogonale de sur .
5) Lecture probabiliste. Sur muni de la probabilité uniforme, on considère les variables aléatoires et . Exprimer à l'aide de et , puis montrer que .
6) On suppose et l'on pose . Montrer que , en déduire , et montrer que si et seulement si les points sont alignés. Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
1) Le gradient et les équations normales. est une fonction polynomiale des deux variables — chaque terme l'est —, donc de classe sur . En dérivant terme à terme, étant traité comme une constante puis : Le gradient est nul si et seulement si les deux sommes le sont : En divisant par : et . Ce sont les équations normales :
2) La résolution. Les deux identités. En développant le carré : et de même . C'est la formule de Koenig-Huygens, version statistique.
Positivité stricte. est une moyenne de carrés, donc positive ; elle est nulle si et seulement si chaque terme est nul, c'est-à-dire si tous les sont égaux à — ce que l'hypothèse exclut. Donc .
Le système. La seconde équation normale donne . En reportant dans la première : , soit , c'est-à-dire . Comme , le système a une solution et une seule : Et : la droite passe par le point moyen — c'est la seconde équation normale elle-même.
3) L'identité qui prouve le minimum global. Pour tout , . Donc Le premier terme est . Le terme croisé vaut ; or les équations normales en disent exactement et — ce sont les deux composantes du gradient, à un facteur près. Le terme croisé est nul : Conséquence. La somme de carrés est positive ou nulle : pour tout , et est un minimum global. L'égalité a lieu si et seulement si pour tout ; comme les abscisses ne sont pas toutes égales, il existe avec , et la différence des deux équations donne , donc , puis : . Le minimum est unique, et l'on n'a utilisé aucun théorème d'existence — une identité algébrique, comme à l'exercice 7.
4) La lecture euclidienne. Les coordonnées du vecteur sont les , donc : minimiser , c'est chercher le point de le plus proche de . Le vecteur a pour coordonnées les résidus , et les équations normales disent que est orthogonal à et à , donc à toute combinaison linéaire, c'est-à-dire à . Ainsi avec et : par la caractérisation du chapitre des espaces préhilbertiens, est la projection orthogonale de sur . (Le sous-espace est de dimension : et sont linéairement indépendants, parce que n'est pas colinéaire à — les ne sont pas tous égaux.)
Enfin, pour quelconque, , avec orthogonal à . Le théorème de Pythagore donne et : c'est mot pour mot l'identité du 3). La distance de à est atteinte en la projection, et là seulement.
5) La lecture probabiliste. Sous la probabilité uniforme sur , chaque issue a la probabilité , et les espérances sont des moyennes : , , , , . Donc Le résidu est lui aussi une variable aléatoire, , d'espérance (seconde équation normale) : est centrée, donc . Et . Calculons cette variance avec les règles du chapitre de probabilités — la constante ne change pas la variance, et : Donc .
6) Le coefficient de corrélation, et le théorème. Avec , factorisons : Or est une somme de carrés, donc positive ou nulle, et : , c'est-à-dire . C'est l'inégalité de Cauchy-Schwarz probabiliste du chapitre de probabilités, retrouvée par les moindres carrés. Et si et seulement si , si et seulement si tous les résidus sont nuls, si et seulement si pour tout : les points sont alignés — sur la droite des moindres carrés, nécessairement. Le signe de est celui de , puisque : pour une droite croissante.
Contrôle sur quatre points. , , , : , , , ; , ; , . Les résidus valent , , , : leur somme est nulle, et — les équations normales. . Enfin , , , et .
Le théorème obtenu — la droite des moindres carrés. Pour points dont les abscisses ne sont pas toutes égales, la fonction admet un unique minimum global, atteint pour et ; la droite passe par le point moyen, et le résidu minimal vaut , où mesure l'alignement des points.
Ce que le problème installe. Trois chapitres, un seul objet. L'optimisation différentielle donne les équations normales et, par une identité, le minimum global sans compacité ; la géométrie euclidienne dit que cette identité est le théorème de Pythagore et que la droite est une projection orthogonale ; les probabilités disent que la pente est un quotient de covariance par variance et que le résidu mesure ce que la droite n'explique pas, . La même droite, trois fois — et c'est ce qu'un chapitre de fin d'année doit faire : relier.
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