Adloun

Problème — La droite d'Euler et le cercle des neuf points

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 3 — Nombres complexes · H. Nombres complexes et géométrie

Énoncé

Soient , , trois points deux à deux distincts du cercle unité , d'affixes , , ; le cercle unité est donc le cercle circonscrit au triangle , et , l'origine, en est le centre. (Tout triangle se ramène à cette situation par une similitude directe , qui conserve alignements, orthogonalité, milieux et rapports de distances.)

1) Montrer que pour tout , . En déduire que pour distincts, , et conclure que est imaginaire pur.

2) On pose et l'on note le point d'affixe . Montrer que, si , le quotient est imaginaire pur non nul. Que signifie ? En déduire que est l'orthocentre du triangle .

3) Soit le centre de gravité, d'affixe . Montrer que , , sont alignés et que . Que se passe-t-il si ?

4) Soit . Vérifier et , puis montrer que pour tout , le milieu de appartient à la droite et que est imaginaire pur ou nul. En déduire que est la réflexion d'axe .

5) Calculer et montrer que : le symétrique de l'orthocentre par rapport à un côté est sur le cercle circonscrit.

6) Soit . Calculer , et . Nommer les neuf points obtenus et énoncer le théorème.

Corrigé

1) L'outil : sur le cercle unité, conjuguer c'est inverser. Pour , , et , donc . Soient distincts ; le quotient est défini. Conjuguons-le, la conjugaison étant compatible avec la somme, la différence et le quotient : Un complexe qui vérifie est imaginaire pur : en écrivant , s'écrit , soit . Donc est imaginaire pur.

Lecture. Le point est le milieu de la corde ; le quotient imaginaire pur dit que le rayon qui va de au milieu de la corde est perpendiculaire à la corde — quand ce milieu n'est pas , c'est-à-dire . C'est le théorème de la médiatrice d'une corde, obtenu en une ligne.

2) L'orthocentre. On a , donc Par le 1) appliqué à , , le quotient est imaginaire pur, donc son opposé aussi. Il est non nul dès que , c'est-à-dire dès que . Dans ce cas, le quotient étant imaginaire pur non nul, les droites et sont perpendiculaires : est sur la hauteur issue de .

Le cas . Il signifie , c'est-à-dire : et sont diamétralement opposés, et . Alors l'angle en est droit — par le 1) encore, avec , : est imaginaire pur, et est l'opposé de son inverse, donc imaginaire pur aussi ; ainsi . Dans un triangle rectangle en , les hauteurs issues de et de sont les côtés et , et l'orthocentre est : le point est encore sur la hauteur issue de .

Conclusion. Dans tous les cas, est sur la hauteur issue de . Mais est symétrique en : le même raisonnement, avec les rôles permutés, montre que est sur la hauteur issue de et sur celle issue de . Les trois hauteurs passent par : elles sont concourantes, et est l'orthocentre. On a démontré au passage l'existence de l'orthocentre — ce qui, en géométrie élémentaire, est un théorème.

Le point délicat. Il ne suffit pas de vérifier « est sur une hauteur » : il faut que ce soit vrai pour les trois, et c'est la symétrie de la formule qui donne les deux autres gratuitement. Un point défini par une formule symétrique en vérifie toute propriété « issue de » aussi « issue de » et « issue de ».

3) La droite d'Euler. Par définition , donc . Les affixes des vecteurs et sont et : . Si , les trois points , , sont sur la droite passant par de vecteur directeur ; si , alors aussi et les trois points sont confondus. Dans tous les cas , , sont alignés, et est au tiers de à partir de : c'est la droite d'Euler.

Le cas . Alors avec : par l'exercice 9, le triangle est équilatéral, et les trois points , , sont confondus — le centre du cercle circonscrit, le centre de gravité et l'orthocentre coïncident, ce qu'on savait. Réciproquement, si le triangle n'est pas équilatéral, et la droite d'Euler est bien une droite.

4) La réflexion d'axe . Les points fixes. , car . De même .

Le milieu est sur . Soit , et . Montrons que le quotient est réel, ce qui dit que est sur la droite (y compris si , où ). On a , donc Conjuguons, en utilisant , : Multiplions numérateur et dénominateur par : le numérateur devient , le dénominateur . Donc Ainsi est réel : le milieu de est sur .

La perpendicularité. Posons . Le même calcul de conjugaison, en multipliant par , donne Donc est imaginaire pur — ou nul, lorsque , ce qui arrive exactement quand est sur .

Conclusion. Pour hors de , le point est tel que le segment a son milieu sur et est perpendiculaire à : c'est la définition du symétrique de par rapport à la droite . Pour sur : si l'on avait , le segment serait perpendiculaire à en partant d'un point de , et son milieu, sur cette perpendiculaire, ne pourrait être sur qu'en lui-même — ce qui force ; donc , comme il se doit. est la réflexion d'axe . On reconnaît la forme des similitudes indirectes, composée de la conjugaison — la réflexion d'axe réel — avec une similitude directe.

5) Le symétrique de l'orthocentre. Calculons, avec : Donc : le symétrique de l'orthocentre par rapport au côté est sur le cercle circonscrit. Par symétrie des rôles, il en va de même pour les deux autres côtés — les affixes sont et .

6) Le cercle des neuf points. Le point d'affixe est le milieu de . Calculons trois distances à .

Les milieux des côtés. Le milieu de a pour affixe , et De même pour les milieux de et , d'affixes et , à distance et , soit .

Les milieux des segments joignant aux sommets. Le milieu de a pour affixe , et De même pour les milieux de et , à distance .

Les pieds des hauteurs. Par le 4) et le 5), est le symétrique de par rapport à ; le milieu de est donc sur , et la droite est perpendiculaire à : ce milieu est le pied de la perpendiculaire à passant par , c'est-à-dire, étant sur la hauteur issue de , le pied de la hauteur issue de . (Si est sur , et le milieu est lui-même, qui est alors le pied.) Or De même pour les pieds des hauteurs issues de et de .

Conclusion. Neuf points — les trois milieux des côtés, les trois milieux des segments joignant l'orthocentre aux sommets, les trois pieds des hauteurs — sont tous à distance du point , milieu de . Ils sont sur un même cercle, de centre le milieu de et de rayon la moitié du rayon du cercle circonscrit.

Les théorèmes obtenus. Droite d'Euler (Euler, 1765) : dans tout triangle, le centre du cercle circonscrit, le centre de gravité et l'orthocentre sont alignés, et . Cercle des neuf points (Feuerbach, 1822) : dans tout triangle, les milieux des trois côtés, les pieds des trois hauteurs et les milieux des trois segments joignant l'orthocentre aux sommets sont sur un même cercle, dont le centre est le milieu de et le rayon la moitié de celui du cercle circonscrit. Et, en chemin : les trois hauteurs sont concourantes, et le symétrique de l'orthocentre par rapport à chaque côté est sur le cercle circonscrit.

Ce que le problème installe. Deux idées. La première : placer le cercle circonscrit sur le cercle unité transforme la conjugaison en inversion, , et toute propriété géométrique — alignement, orthogonalité, réflexion, appartenance au cercle — en un calcul de quelques lignes ; c'est la méthode des « nombres complexes en géométrie », et l'orthocentre en est le triomphe : . La seconde : une formule symétrique en démontre trois choses d'un coup — ce qui est vrai « issu de » est vrai issu de et de . Avec les exercices 1 et 9, la séance a donc traduit toute la géométrie euclidienne du plan en deux opérations, le produit et la conjugaison : le produit scalaire est , la rotation est le produit par , la réflexion est la conjugaison.

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