Problème — L'inégalité arithmético-géométrique, et les suites qui encadrent
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 4 — Calcul différentiel et intégral · C. Exponentielle, logarithmes, puissances
Énoncé
1) Étudier les variations de sur . En déduire que pour tout réel , avec égalité si et seulement si , puis que pour tout , avec égalité si et seulement si .
2) Soient , des réels strictement positifs et . En appliquant 1) à pour chaque , puis en multipliant les inégalités, montrer que avec égalité si et seulement si .
3) En déduire que , avec le même cas d'égalité.
4) Pour , on pose . En appliquant 2) aux réels , montrer que .
5) On pose . En appliquant 2) aux réels , montrer que .
6) Montrer que pour , puis que pour tout , et que . Que peut-on conjecturer ? Énoncer le théorème obtenu.
Corrigé
1) L'inégalité fondamentale. La fonction est dérivable sur , de dérivée , strictement négative pour , nulle en , strictement positive pour . Donc est strictement décroissante sur et strictement croissante sur : elle atteint en son minimum, , et ne l'atteint qu'en par stricte monotonie de part et d'autre. Ainsi pour tout , c'est-à-dire Pour , posons : , soit , avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire .
2) L'inégalité des moyennes. La moyenne est strictement positive, et pour chaque , . Le 1) donne , et les deux membres sont strictement positifs. Multiplions membre à membre ces inégalités entre réels strictement positifs — ce que la compatibilité de l'ordre avec le produit autorise : Or le membre de gauche vaut , et Donc le membre de gauche vaut , et . La fonction étant croissante sur ,
Le cas d'égalité. Si tous les sont égaux à une valeur , alors , la moyenne géométrique vaut : égalité. Réciproquement, supposons . Pour chaque , écrivons avec ; en multipliant, . Un produit de réels tous supérieurs ou égaux à n'est égal à que si chacun vaut (si l'un dépassait strictement, le produit dépasserait , les autres facteurs étant au moins ). Donc , c'est-à-dire , donc par le 1), donc , pour tout : tous les sont égaux.
Le point délicat. Le choix des n'a rien d'arbitraire : il est fait pour que la somme des soit nulle, ce qui rend le produit des exponentielles égal à ; et pour que soit , dont le produit fait apparaître la moyenne géométrique contre la moyenne arithmétique. Une seule inégalité du cours, appliquée fois aux bons points, donne un théorème.
3) La moyenne harmonique. Les sont strictement positifs ; appliquons-leur le 2) : En inversant ces deux réels strictement positifs, ce qui renverse l'inégalité : avec égalité si et seulement si les sont tous égaux, c'est-à-dire les tous égaux. Les trois moyennes sont donc rangées : harmonique géométrique arithmétique, avec égalité partout si et seulement si les nombres sont égaux. Contrôle sur : harmonique , géométrique , arithmétique .
4) La suite croît. Appliquons le 2) aux réels strictement positifs (répété fois) et . Leur moyenne géométrique est ; leur moyenne arithmétique est Ces réels ne sont pas tous égaux (), donc l'inégalité est stricte : . En élevant à la puissance , ce qui conserve l'inégalité stricte entre réels positifs :
5) La suite décroît. Appliquons le 2) aux réels (répété fois) et . Moyenne géométrique : , puisque . Moyenne arithmétique : Les réels ne sont pas tous égaux, l'inégalité est stricte : , et en élevant à la puissance :
6) L'encadrement de . L'encadrement du logarithme. L'inégalité de droite, , est le 1) avec . Pour celle de gauche, appliquons le 1) à : , c'est-à-dire , soit . Les deux égalités n'ont lieu que pour .
L'encadrement. Avec : , donc (exponentielle croissante) ; et , donc . Ainsi et même strictement, n'étant pas nul. Enfin , donc , et . Contrôle : ; ; .
Ce qu'on peut conjecturer. croît, décroît, leur différence est majorée par , qui devient aussi petite qu'on veut, et est entre les deux : les deux suites doivent converger vers , et fournir des valeurs approchées par défaut et par excès à près. Le chapitre des suites le démontrera, sous le nom de suites adjacentes ; ici, tout est en place sauf la notion de limite.
Le théorème obtenu — inégalité arithmético-géométrique. Pour tous réels strictement positifs : avec égalité, dans l'une ou l'autre, si et seulement si . Et la suite est strictement croissante, la suite strictement décroissante, et elles encadrent à près.
Ce que le problème installe. Deux idées. La première : une inégalité du cours, appliquée en points choisis pour que les termes se compensent, puis multipliée, donne une inégalité entre nombres ; et le cas d'égalité se lit sur celui de l'inégalité de départ, un produit de facteurs ne valant que si chacun vaut . La seconde : l'inégalité des moyennes est un outil de monotonie — pour comparer et , on n'a pas calculé de quotient ni de différence, on a choisi nombres dont les moyennes sont exactement et . Avec l'exercice 3, la séance a donc deux fois transformé une question sur des puissances en une question sur et , où une étude de fonction décide.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.