Le sup non atteint est limite d'une suite strictement croissante
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 5 — Nombres réels et suites numériques · E. Densité et traduction séquentielle
Énoncé
a) Soit une partie non vide majorée de telle que . Construire une suite strictement croissante d'éléments de convergeant vers .
b) Réciproquement, soit une partie non vide de et une suite d'éléments de convergeant vers un réel qui majore . Montrer que .
c) Application : soit . Justifier que et que . En déduire l'existence d'une suite strictement croissante de rationnels convergeant vers .
Corrigé
La stratégie. Le cours fournit une suite de tendant vers , en appliquant la caractérisation du sup avec . Cette suite n'a aucune raison d'être croissante. Pour obtenir la stricte croissance, on construit les termes un par un, en choisissant à chaque étape un plus petit que l'écart entre le terme précédent et — c'est l'hypothèse qui garantit que cet écart n'est jamais nul.
a) La construction. Comme est non vide, choisissons . Comme majore et , on a et , donc .
Supposons construits , éléments de , tous strictement inférieurs à (avec ). Posons qui est strictement positif puisque . La caractérisation de la borne supérieure fournit tel que . Alors :
- : la suite est strictement croissante ;
- car majore , et car : donc , ce qui permet de continuer la construction ;
- .
On a ainsi construit par récurrence une suite d'éléments de , strictement croissante, et vérifiant pour tout : Par encadrement, . La suite convient.
Le point délicat. L'hypothèse sert à chaque étape, et une seule fois : elle garantit strictement, donc , donc la possibilité d'appliquer la caractérisation du sup. Si appartenait à , on pourrait tomber sur et la construction s'arrêterait — et d'ailleurs, si , aucune suite strictement croissante d'éléments de n'existe.
b) La réciproque. est non vide et majorée par : existe, et comme est un majorant et que est le plus petit des majorants, . D'autre part, pour tout , donc ; en passant à la limite dans cette inégalité large, . D'où .
Cette réciproque est un outil pratique : pour identifier une borne supérieure, il suffit d'exhiber un majorant et une suite de la partie qui converge vers lui.
c) Les rationnels dont le carré est inférieur à .
est non vide et majorée. car . Si alors : sinon donnerait . Donc majore .
majore . Soit . Si l'on avait , alors et, par croissance de la fonction carré sur , : contradiction. Donc .
Aucun réel plus petit ne majore . Soit . L'intervalle ouvert est non vide (car et ) ; par densité de , il contient un rationnel . Alors , donc : , et . Donc ne majore pas .
Ainsi . Et puisque n'est pas rationnel (chapitre 5, irrationalité de ), tandis que .
La conclusion. est une partie non vide majorée dont la borne supérieure n'appartient pas à : le a) fournit une suite strictement croissante d'éléments de — donc de rationnels — convergeant vers . On peut d'ailleurs en exhiber une : ; ; ; ; ; … les valeurs décimales approchées par défaut de , qui sont rationnelles, de carré inférieur à , et croissantes (strictement tant qu'aucune décimale n'est nulle, ce que le a) garantit de toute façon pour une suite bien choisie).
Ce que l'exercice installe. La traduction séquentielle dans les deux sens : du sup vers une suite (a), et d'une suite vers le sup (b). La construction du a) — choisir en fonction de ce qu'on a déjà construit — est le mécanisme de toutes les constructions par récurrence en analyse. Et le c) rappelle la spécificité de : la partie est formée de rationnels, mais sa borne supérieure ne l'est pas — c'est exactement ce qui manque à pour faire de l'analyse.
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