Deux vitesses de convergence : le cosinus itéré et la méthode de Newton
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 6 — Limites, continuité, dérivabilité, convexité · E. Suites récurrentes et méthodes numériques
Énoncé
a) Soit et . Montrer que est stable par le cosinus, que l'équation admet une unique solution réelle , située dans , puis, par l'égalité des accroissements finis, que pour tout . En déduire , et le nombre d'itérations garantissant la précision .
b) Soit . Écrire l'itération de Newton pour et reconnaître la méthode de Héron. Établir l'identité pour ; en déduire pour , la décroissance de , et . Pour et , combien d'itérations garantissent la précision ? Écrire enfin l'itération de Newton pour et calculer à partir de .
c) Expliquer la différence des deux vitesses par la dérivée de la fonction itérée au point fixe.
Corrigé
La stratégie. Deux suites qui convergent, l'une lentement, l'autre foudroyamment. Dans les deux cas, l'outil est le même : l'égalité des accroissements finis entre et le point fixe, . Tout se joue sur la taille de près de .
a) Le cosinus itéré. Intervalle stable. Sur , le cosinus est décroissant, donc , et comme , cet intervalle est inclus dans . Avec , la suite reste dans .
Le point fixe. La fonction est continue sur , dérivable, de dérivée , nulle seulement aux points isolés où : est strictement décroissante sur (caractérisation des fonctions strictement monotones), donc injective, et l'équation a au plus une solution. Comme et , le théorème des valeurs intermédiaires en fournit une dans . Il existe un unique réel tel que , et ().
La contraction. Soit . Les réels et sont dans ; l'égalité des accroissements finis appliquée au cosinus entre et (si ) fournit strictement compris entre eux, donc dans , tel que Sur , le sinus est croissant et positif : . Donc (trivialement vrai si ). Par récurrence, , puisque . Comme , la suite converge vers , géométriquement, de raison .
Le nombre d'itérations. On veut , soit , soit, en divisant par (ce qui renverse l'inégalité), Quatre-vingt-une itérations garantissent six décimales ; chaque décimale coûte environ itérations, toujours le même nombre : c'est la signature de la convergence géométrique. (Numériquement, , : la convergence réelle est un peu plus rapide, parce que la pente au point fixe vaut et non .)
b) Newton et Héron. Pour , , et c'est exactement la méthode de Héron, qui n'est autre que la méthode de Newton appliquée à — géométriquement, on remplace la parabole par sa tangente en et l'on prend le point où la tangente coupe l'axe.
L'identité de l'erreur. Pour , Si , tous les sont strictement positifs (récurrence), et l'identité montre pour . Alors pour : est décroissante, minorée par , donc convergente, et sa limite est le point fixe (même raisonnement qu'au chapitre 5). Enfin, pour , donne L'erreur est élevée au carré à chaque étape : convergence quadratique.
Le compte pour , . Notons et ; l'inégalité s'écrit , d'où par récurrence pour . Or , (car ) et (car ), donc , et Pour : , insuffisant de justesse ; pour : . Cinq itérations garantissent douze décimales, là où le cosinus itéré en demandait quatre-vingt-une pour six. Numériquement, les erreurs valent , , , : le nombre de décimales double.
Newton pour la racine cubique. Pour , , et on « moyenne » (compté deux fois) et (compté une fois). Avec : , , , à comparer à . Les erreurs valent , , : même doublement.
c) L'explication. Dans les deux cas, la suite s'écrit avec dérivable et , et l'égalité des accroissements finis donne Pour le cosinus, et : quand , par continuité, et l'erreur est multipliée à chaque étape par un facteur qui tend vers — elle décroît géométriquement, ni plus ni moins vite. Pour Héron, et , donc : le facteur tend vers , l'erreur est multipliée par une quantité elle-même de plus en plus petite, et l'identité exacte du b) précise que ce facteur est de l'ordre de l'erreur elle-même — d'où le carré. La vitesse d'une suite se lit sur : géométrique de raison si , quadratique si . C'est ce qui fait de Newton la méthode de référence : la fonction itérée a toujours une dérivée nulle en une racine simple de .
Ce que l'exercice installe. La notion de vitesse de convergence que le programme demande d'illustrer : lente, géométrique, quadratique, avec le nombre d'itérations pour une précision donnée. Et le mécanisme qui la gouverne — la dérivée au point fixe — qu'on retrouvera pour les suites implicites en analyse asymptotique et dans tout travail pratique d'informatique.
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