Le mouvement circulaire : Rolle est faux dans
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques MPSI, chapitre 6 — Limites, continuité, dérivabilité, convexité · H. Points critiques, extremums et fonctions à valeurs complexes
Énoncé
a) Soit , . Calculer , vérifier que est constante, et constater que alors que ne s'annule jamais : le théorème de Rolle et l'égalité des accroissements finis sont faux pour les fonctions à valeurs complexes. Expliquer où leur démonstration échoue.
b) Soit dérivable telle que soit constante. Montrer que , et interpréter.
c) L'inégalité des accroissements finis subsiste pour de classe (admis) : si sur , alors . La vérifier directement sur en montrant que .
Corrigé
La stratégie. Un énoncé faux se réfute par un exemple ; mais l'exercice ne vaut que si l'on dit pourquoi la démonstration ne se transporte pas — et ce qui, dans le réel, survit au passage au complexe.
a) Le contre-exemple. Une fonction à valeurs complexes est dérivable si et seulement si ses parties réelle et imaginaire le sont, et alors . Ici , donc Le module : , constant ; et pour tout . Or . Les hypothèses de Rolle sont toutes vérifiées sur — continuité, dérivabilité, valeurs égales aux bornes — et pourtant ne s'annule en aucun point : le théorème de Rolle est faux dans . L'égalité des accroissements finis tombe avec lui : ne s'écrit pas , puisque .
Où la démonstration échoue. La preuve réelle de Rolle commence par « continue sur un segment atteint son maximum ». Or « maximum » suppose une relation d'ordre sur l'ensemble d'arrivée, et n'est pas ordonné : la phrase « est le plus grand des » n'a aucun sens. Le théorème ne tombe pas par accident, il tombe à la première ligne. On peut le voir concrètement : Rolle appliqué à sur donne un zéro de en ; appliqué à , un zéro de en . Les deux théorèmes réels fonctionnent — mais en des points différents, et ne s'annule que là où les deux s'annulent simultanément, ce qui n'arrive jamais.
b) La vitesse est orthogonale au rayon. Écrivons , constante. La conjuguée est dérivable, de dérivée (conjuguer, c'est changer le signe de la partie imaginaire, et la dérivation respecte cette opération). Par la formule du produit, Donc . Interprétation : pour deux nombres complexes et vus comme des vecteurs du plan, est leur produit scalaire. Un point qui se déplace sur un cercle centré en l'origine a donc un vecteur vitesse orthogonal au rayon : il est tangent au cercle. Pour : , de partie réelle nulle, et la vitesse, de module , ne s'annule jamais : le point tourne à vitesse constante et revient à son point de départ sans jamais s'arrêter — c'est exactement ce que Rolle interdirait dans le réel.
c) La corde est plus courte que l'arc. Soient . Factorisons par l'exponentielle de l'angle moyen : Le module du premier facteur vaut et , donc par l'inégalité (le sinus est -lipschitzien, conséquence de et de l'inégalité des accroissements finis réelle). C'est bien avec . Géométriquement : est la longueur de la corde du cercle unité sous-tendue par l'angle , et est la longueur de l'arc — la corde est plus courte que l'arc.
Ce que l'exercice installe. La frontière exacte entre le réel et le complexe : tout ce qui relève des opérations et des modules se transporte (dérivation, opérations sur les limites, continuité, inégalité des accroissements finis) ; tout ce qui relève de l'ordre ne se transporte pas (Rolle, égalité des accroissements finis, monotonie, bornes atteintes au sens de l'ordre, valeurs intermédiaires). Le réflexe : devant un théorème d'analyse, se demander s'il parle d'inégalités entre valeurs — auquel cas il est réel, et rien d'autre. En deuxième année, l'inégalité des accroissements finis sera l'outil de tout le calcul différentiel à valeurs vectorielles.
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