Problème — Le théorème de Cayley : tout groupe est un groupe de permutations
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques MPSI, chapitre 8 — Structures algébriques usuelles · E. Problèmes et approfondissements
Énoncé
Soit un groupe, de neutre , et le groupe des permutations de l'ensemble , muni de la composition.
1) Pour , on définit , . Montrer que est une bijection de sur , en précisant sa réciproque : ainsi .
2) Montrer que est un morphisme de groupes de dans .
3) Déterminer . En déduire que est injectif.
4) Conclure que est isomorphe au sous-groupe de . Que devient l'énoncé lorsque est fini de cardinal (on numérote les éléments de ) ?
5) Exemples. a) : décrire . b) , numéroté dans cet ordre : écrire et comme permutations de , et vérifier que est un sous-groupe de à quatre éléments. c) La translation à droite définit-elle aussi un morphisme ? (Calculer .) Comment corriger ?
6) Ce théorème ramène l'étude de tous les groupes finis à celle des sous-groupes des : pourquoi est-ce à la fois une réduction conceptuelle importante et un outil peu commode en pratique ?
Corrigé
1) est une permutation de . Pour , par associativité, et de même . Donc : est une bijection de sur , de réciproque . C'est la règle de calcul du cours — l'équation a une unique solution — relue comme une bijectivité. Ainsi .
2) est un morphisme. Soient . Pour tout : par associativité. Deux applications qui coïncident en tout point sont égales : , c'est-à-dire . est un morphisme de dans . Notons que l'ordre est respecté : à gauche de dans le produit, à gauche de dans la composée — on appliquera d'abord , puis , comme on multiplie d'abord par puis par .
3) Le noyau. Le neutre de est . On a si et seulement si , c'est-à-dire pour tout . En prenant : . Réciproquement . Donc , et par la caractérisation de l'injectivité du cours, est injectif.
Le point délicat. Il suffit d'un seul pour conclure, et le bon est : la translation par envoie le neutre sur lui-même, elle « affiche » . C'est pour cela que le noyau est trivial quel que soit le groupe.
4) Le théorème. Par le théorème du cours sur l'image d'un sous-groupe, est un sous-groupe de . L'application , restreinte au but , est un morphisme surjectif (par définition de l'image) et injectif (par 3) : c'est un isomorphisme. est isomorphe au sous-groupe de .
Cas fini. Si a éléments, la numérotation , , est une bijection, et l'application est un isomorphisme de sur : elle est bijective, de réciproque , et c'est un morphisme, car , les deux intérieurs se simplifiant. En composant les deux isomorphismes : tout groupe fini de cardinal est isomorphe à un sous-groupe de . Concrètement, on lit chaque comme la permutation numéro de .
5) Exemples.
a) Dans , la loi est l'addition : est la translation de . L'isomorphisme identifie au groupe des translations entières de la droite, et dit que translater de puis de , c'est translater de .
b) Numérotons , , , . La translation multiplie par : , , , . En numéros : , , , — notons cette permutation circulaire. La translation multiplie par : , , , , soit en numéros , , , : elle échange et , et échange et . On vérifie que c'est : , , conformément à . De même : , , , , et . Ainsi : un sous-groupe de à quatre éléments (image d'un groupe par un morphisme, à quatre éléments par injectivité), et l'on constate que , comme .
c) Pour la translation à droite, . Donc : l'ordre est renversé. L'application est un morphisme si et seulement si pour tous , c'est-à-dire pour tout , soit : si et seulement si est abélien. Pour un groupe quelconque, on corrige en posant : alors , par la règle de l'inverse d'un produit. Le passage à l'inverse compense le renversement, et est un morphisme injectif (même calcul de noyau qu'en 3).
6) Portée du théorème. Réduction conceptuelle : les groupes de permutations sont les groupes « concrets » — ceux qu'on sait faire calculer, dont les éléments sont des tableaux de nombres — et le théorème dit qu'il n'y a pas d'autres groupes finis que leurs sous-groupes : toute propriété démontrée pour tous les sous-groupes de tous les vaut pour tous les groupes finis. Peu commode : a éléments. Un groupe à éléments est logé dans , qui en a ; un groupe à éléments dans , qui en a . La copie de est un tout petit sous-groupe d'un groupe immense, et la structure de n'y est pas plus lisible qu'avant. On préfère en pratique représenter par des permutations d'un ensemble plus petit que — est aussi le groupe des rotations d'un carré, qui permute ses sommets — ou par des matrices, ce que fera l'algèbre linéaire.
Le théorème obtenu — théorème de Cayley (1854). Tout groupe est isomorphe à un sous-groupe du groupe des permutations de ; tout groupe fini de cardinal est isomorphe à un sous-groupe de .
Ce que le problème installe. Faire agir un groupe sur lui-même par translation, et lire chaque élément comme la permutation qu'il induit : c'est le premier exemple d'une représentation, une idée qui traverse toute l'algèbre — représenter un objet abstrait par des transformations d'un ensemble concret, sans perdre d'information (le noyau est trivial). Et l'exercice montre que la remarque du cours, « dans la table d'un groupe, chaque ligne est une permutation des éléments », n'est pas une curiosité : la ligne de est , et la table entière est le morphisme .
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